Qui suis-je?

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lundi 9 mai 2016

Comprendre sans dire un mot

Ça s’est passé il y a plusieurs années. C’était une belle journée de printemps, chaude et ensoleillée. Un jour de fin de semaine.

Je n’allais pas bien. J’étais en burn-out, mais je ne le savais pas encore. Je savais seulement que mon monde avait moins de couleurs. Je vivais comme un automate, sur le pilote automatique. Je ne ressentais pas grand-chose, j’étais toujours fatiguée, un zombie.

Ce jour-là, Alexandre travaillait et j’étais seule avec mes enfants. Je n’en avais que deux, à ce moment-là, mais juste de passer une journée avec eux m’épuisait. Je n’en avais pas envie. Je n’avais envie de rien, de toute façon.

Ma mère est venue faire un tour à la maison, probablement pour venir me porter un de ces succulents petits plats qu’elle me concocte souvent pour alléger mes semaines chargées. Elle ne devait être que de passage, elle avait autre chose à faire ce jour-là.

J’étais assise dans la cour quand elle est arrivée. Les enfants jouaient dehors. Ils commençaient à être tannants et ne plus savoir quoi faire. Je regardais mes enfants sans les voir. J’étais impatiente avec eux.

J’ai senti le regard de ma mère sur moi. J’avais l’impression qu’elle sondait mon âme, qu’elle essayait de comprendre ce qui se passait. Je n’ai rien eu à dire ni à expliquer. Elle a vu. Elle a su.

Elle avait autre chose à faire, ce jour-là, mais elle a décidé de passer la journée avec nous. Je ne me souviens pas de tout ce qu’on a fait. Elle a probablement fait à manger aux enfants, réglé des chicanes et poussé des balançoires.

Elle a aussi proposé qu’on aille acheter des plantes pour commencer le jardin. Rien ne me tentait moins que d’aller à la jardinerie avec deux enfants turbulents. Mais je suis allée quand même. Nous avons choisi des plantes, des légumes, des fleurs. À notre retour, nous les avons plantées tous ensemble. Et je me suis sentie mieux. Ma mère sait que j’aime jardiner. Elle me connaît si bien!

Ce jour-là, comme tant d’autres fois depuis que je suis née, ma mère m’a comprise sans que j'aie à dire un seul mot.


Merci, maman, de ta présence et de ton amour, autant dans les bons que dans les mauvais moments! Je t’aime!

lundi 17 août 2015

Il y a deux ans...

17 août 2013. 39 semaines de grossesse.

Ce matin-là, vers 8 heures, petit L. vient me tirer de mon sommeil. Mon petit homme est fin prêt à commencer sa journée, mais j’aurais dormi un peu plus longtemps! Avec mon gros ventre, la chaleur et tous mes inconforts de fin de grossesse, je dors si mal…

Sitôt réveillée, j’ai l’étrange impression que mon bébé est beaucoup plus bas que la veille, quand je suis allée au lit. Je le sens dans mon bassin, je me sens lourde.

Je me lève et me rend au salon avec mon petit L. pour écouter des dessins animés avec lui. Je m’assois avec lui sur le divan et c’est là que tout à coup… flouch! Je crève mes eaux!

Je me relève subitement, empoigne la jetée qui était sur le divan et la mets entre mes jambes pour absorber toute l’eau qui s’écoule de mon ventre. Grand A., qui arrive au salon, me regarde avec de grands yeux. Je lui demande de vite aller chercher son père et de lui dire que j’ai crevé mes eaux.

Alexandre surgit en trombe dans le salon : « Ok, on part! ».

Moi : « Attends, je n’ai même pas de contractions! Peut-être qu’on peut attendre un peu avant de partir. »

En réalité, même si c’est mon quatrième accouchement, c’est la première fois que je crève les eaux en tout début de travail. Pour tous mes autres enfants, la poche des eaux s’est rompue au moment de pousser seulement. Je ne sais pas quoi faire!

Mon premier réflexe est de téléphoner à ma sœur, qui a elle-même accouché de son premier enfant deux semaines plus tôt et qui avait crevé ses eaux en début de travail.

Moi : « J’ai crevé mes eaux, mais je n’ai pas encore de contractions. Qu’est-ce que je fais? »

Ma sœur : « Ben, tu t’en vas à l’hôpital! En plus, tu as accouché tellement vite les dernières fois! Allez, pars! »

Je prépare mes choses pour partir, je téléphone à ma mère pour qu’elle vienne s’occuper des enfants, j’appelle mon amie Valérie, qui est aussi mon accompagnante à la naissance, pour lui dire d’aller nous rejoindre à l’hôpital. Alexandre, lui, va chercher la voisine pour qu’elle surveille les enfants en attendant l’arrivée de ma mère.

À 8h20, nous sommes en route! J’ai quelques petites contractions irrégulières et pas trop douloureuses. Je m’incline vers l’arrière sur mon siège, afin que la tête du bébé accote sur le col et empêche le liquide amniotique de s’écouler.

Nous arrivons à l’hôpital vers 8h45. Je commence à me sentir de plus en plus nerveuse. Je vais accoucher, pour vrai de vrai! Et si mon corps ne se souvenait plus comment faire? Et si les choses tournaient mal, cette fois-ci? J’ai hâte d’avoir mon bébé dans les bras. J’ai hâte que ce soit terminé.

Je m’assois sur un banc, devant l’hôpital, pendant qu’Alexandre va stationner la voiture. Je n’ai pas encore beaucoup de contractions. J’en profite pour respirer à fond l’air doux et chaud de ce beau matin d’été. Il fait beau, le soleil réchauffe ma peau. J’essaie de me détendre.

Valérie nous attendait à la maternité. Je suis contente de la voir! Sa présence me rassure. Avec elle et Alexandre à mes côtés, je sais que je vais y arriver. Les infirmières m’accueillent et m’installent dans une salle d’évaluation. Je revêts la jaquette d’hôpital et m’assois en indien sur le lit. Dans cette position, je sens mon bassin bien ouvert et je suis relativement confortable.

Les infirmières me posent des questions, m’examinent et installent le moniteur. Pour l’instant, le moniteur ne me dérange pas, je les laisse donc faire. Par contre, je fais dos à l’appareil qui mesure me contractions et c’est très bien. Je ne veux pas savoir ce que l’appareil mesure. Je veux simplement ressentir ce que mon corps vit et entrer dans ma bulle.

Les contractions sont maintenant de plus en plus fortes et régulières. Elles durent plus longtemps, aussi. Quand une contraction se pointe, j’interromps ma conversation, je fixe un point droit devant moi, je respire et je n’entends plus rien autour de moi. J’ai mal, mais je sais que chaque vague de douleur permet à mon col de s’ouvrir un peu plus. Je me parle mentalement : « La vague arrive. Je suis au sommet de la vague, la douleur va s’estomper bientôt. Mon bébé s’en vient. Tiens bon, bébé. Nous sommes ensemble. Bientôt, tout sera fini et tu seras dans mes bras. Ah, la vague est enfin passée. On a un petit répit jusqu’à la prochaine, bébé. Tout est calme, maintenant ».

À chaque contraction, un flot de liquide coule entre mes jambes. J’entends une des infirmières dire à l’autre : « Le liquide est teinté ». Je m’inquiète. Du méconium dans le liquide? Ça veut dire que le bébé est en détresse! Valérie me rassure : « Il est très peu teinté, ce n’est presque rien. Ne t’inquiète pas, tout va bien. »

Enfin, on me dit que la chambre de naissance est prête. Je peux marcher pour m’y rendre, ce n’est pas très loin. Je marche un peu tout croche, en tenant un piqué entre mes jambes pour ne pas répandre de liquide amniotique  dans le corridor! Ça me fait du bien, de marcher. Je sens mon bébé si bas, si bas!

J’entre dans la chambre de naissance. On m’a donné celle au bout du couloir, dont un mur complet est vitré. Par les immenses fenêtres entre la douce lumière de ce beau matin d’août. C’est la même chambre où j’ai donné naissance à mon grand A.! Je m’y sens bien, je suis rassurée de me retrouver dans ces lieux connus.

Debout, près du lit, je sens soudain une grande pression. Ça pousse! Une bouffée de chaleur m’envahit et j’arrache vivement ma jaquette. J’ai toujours accouché toute nue, je ne supporte aucun vêtement sur mon corps qui travaille si fort pour donner naissance.

Je m’approche du lit et j’y monte, à quatre pattes. Je sens que je ne peux pas m’asseoir. Je reste donc ainsi, à quatre pattes, nue. Je n’ai plus de contractions, mais je n’ai pas non plus envie de pousser. Je ne me sens pas bien. Je déteste la phase de latence, où il ne se passe plus rien, où je ne peux qu’attendre que mon corps soit prêt à passer à la prochaine étape.

Tout à coup, ça pousse. Beaucoup. Très fort! Je veux POUSSER! Alors, je pousse. J’entends vaguement les infirmières s’agiter autour de moi. L’une appelle le médecin, lui donnant un code qui doit vouloir dire : « Arrive au plus vite! ».

Je sens mon bassin s’ouvrir quand le corps de mon bébé y passe. Une seule grosse poussée a été nécessaire pour faire sortir ma petite fille de mon ventre. Ma petite É. a littéralement plongé tête la première dans mon lit… et dans la vie!

Comme je suis à quatre pattes, je ne vois pas mon bébé. Je sais qu’elle est derrière moi, mais je ne suis pas certaine si j’ai fini d’accoucher ou si je dois encore pousser. Je demande sans arrêt : « C’est fini? Est-ce que c’est fini? ». Le médecin, enfin arrivé dans la chambre, me répond : « Ne vous assoyez surtout pas, madame! ». Je comprends que ma petite est toute là, sous moi, et que si je m’assois, je vais l’écraser!

Enfin, quelqu’un prend mon bébé et je peux m’installer dans mon lit. Il est 9h30 et j’ai ma petite puce dans les bras. Je suis folle de joie, Alexandre et Valérie aussi! Ça s’est si bien passé, ça a été si vite encore une fois!

Je prends ma petite fille, nue, et la colle contre ma poitrine, nue elle aussi. Le peau à peau des premiers instants de vie, quel bonheur! Elle cherche mon sein et l’agrippe rapidement. Elle tète goulûment, comme une championne. Si affamée de vivre, si avide de se nourrir de mon lait!

Pendant ce temps, l’infirmière masse mon ventre et le médecin retire le placenta. Nous sommes tous de bonne humeur après cette naissance heureuse et facile. Avant qu’ils ne partent avec le placenta pour en disposer, je demande à le voir. Je l’observe, l’infirmière me montre les différentes parties, le cordon, la poche des eaux. Je remercie mentalement mon placenta d’avoir permis à mon bébé de vivre et de se développer pendant ses neuf mois où il a été dans mon ventre, comme je l’ai fait après chacun de mes accouchements.

Une fois bien installée, les manœuvres et interventions post-accouchement terminées, le médecin et les infirmières quittent, nous laissant seuls dans la chambre avec notre toute nouvelle petite poulette. Valérie nous serre bien fort dans ses bras et quitte, elle aussi.

Nous voilà, Alexandre, petite É. et moi, réunis pour la première fois. Nous avons si hâte d’annoncer la nouvelle de son arrivée à tous nos proches que nous téléphonons à tout le monde!

J’observe ma petite fille, que j’aime depuis si longtemps déjà, mais qui est néanmoins une inconnue. Elle a une petite bouche en cœur. Un menton pointu. Une belle tête ronde et chauve. Elle sent bon.  Elle a une grosse tache de naissance qui s’étend de son front jusque sur ses paupières. Je sais que cette tache, qu’on appelle « le baiser de l’ange », va pâlir avec le temps. L’ange lui a définitivement fait un gros bisou!

J’observe ses petits traits, et je ne lui trouve pas beaucoup de points en commun avec mes autres bébés naissants : « Tu ne ressembles pas à tes frères et sœurs! Qui es-tu, toi? ». J’ai déjà hâte de découvrir sa personnalité, son unicité.

Je suis restée à l’hôpital 24 heures seulement. J’aurais sans doute pu sortir la journée même de mon accouchement, puisque ma petite buvait bien et que j’avais eu un accouchement sans complication. Mais je savais que ce séjour à l’hôpital était le seul moment que je pourrais passer seule à seule, dans le calme, avec ma petite fille. Je savais bien que dès mon retour à la maison, la réalité du quotidien allait reprendre rapidement son cours, avec trois autres enfants dont je devrais m’occuper et qui me solliciteraient constamment. À l’hôpital, malgré les visites fréquentes des infirmières, c’était quand même plus tranquille qu’à la maison. Et je n’avais pas à préparer de repas, à ranger la cuisine, à gérer des enfants…. La paix, quoi!

C’est ainsi que ma petite É. est entrée dans ma vie. Dans le calme et la douceur.  Aujourd’hui, elle est encore calme et douce, ma belle poulette de deux ans! Elle ressemble un peu plus à ses frères et sœurs qu’à sa naissance, surtout à petit L. Elle n’a toujours presque pas de cheveux! Elle est souriante, taquine, affectueuse, presque toujours de bonne humeur.

C’est ma petite dernière et elle le sera toujours. Ma petite cerise sur le sundae!

Je t’aime, petite É.! Bonne fête!



jeudi 16 juillet 2015

2400 jours

2400 jours.
80 mois, si vous préférez.
Ça fait presque 7 ans.

2400 jours pendant lesquels j’aurai allaité au cours de ma vie. Pas en continu, tout de même! Mais si j’additionne la durée d’allaitement de chacun de mes enfants, c’est l’impressionnant total obtenu.

C’est long!

Et maintenant, c’est fini.

Ma petite É. a cessé de prendre le sein, à 22 mois. Je ne me sens pas triste, ni nostalgique. Je ne suis ni déçue ni contente que cette étape de ma vie soit terminée. Je constate, tout simplement. Nous étions rendues là, elle et moi, et toute bonne chose a une fin. C’est ainsi, et c’est tout!

J’ai tellement aimé allaiter mes enfants! Cette période de symbiose avec chacun d’entre eux a été si précieuse pour moi. Cette relation exclusive a fait de moi la maman que je suis, et eu un impact déterminant sur mon maternage.

Parce que ces moments où j’avais mon bébé au sein nous appartenaient, nous étaient réservés, à nous seuls. Tout le monde peut changer des couches, bercer bébé, le consoler, lui donner sa purée ou le laver dans le bain. Mais personne d’autre que moi ne pouvait l’allaiter, aucun autre lait que le mien était conçu spécialement et uniquement pour mon enfant.

Ces moments d’allaitement étaient mon privilège de maman. Quand j’allaitais, j’avais mon bébé pour moi toute seule! Lorsque nous étions entourés de gens qui voulaient prendre ou toucher mon bébé, dans une fête ou une occasion spéciale par exemple, l’allaitement me donnait l’excuse parfaite pour le reprendre et m’enfermer dans ma bulle avec lui pour lui donner le sein. Les gens ne dérangent pas une maman qui allaite, certains plus pudiques n’osent même pas regarder. Je pouvais donc apaiser mon bébé et lui offrir une petite pause de vie sociale, de bruit et de manipulations, tout en lui donnant de mon lait chaud et sucré.

J’ai profité de ces beaux moments d’allaitement pendant 2400 jours. Et j’en garderai à jamais des souvenirs emplis de tendresse et d’amour.



mardi 19 mai 2015

Premier amour

Elle a presque 12 ans.

Elle a les yeux qui brillent.

Un sourire béat collé aux lèvres.

Le regard rêveur.

Un seul nom à la bouche.

Ma foi, ma fille serait-elle amoureuse pour la première fois? Je crois bien que oui!

mercredi 13 mai 2015

Sexualité 101

Grande M. a 11 ans, presque 12. Grand A. a 9 ans, presque 10.

Ils sont grands, mes enfants. Leurs intérêts changent, leurs jeux aussi, et leurs relations avec leurs amis et le sexe opposé également.

Ils parlent de plus en plus d’amour, de bisous, de menstruations, de seins qui poussent, de faire l’amour. Grande M. en parle de façon plus sérieuse, avec moi ou ses amies. Grand A., lui, en parle en niaisant ou en faisant le pitre. Chose certaine, ils parlent de sexualité tous les deux, à leur manière, selon leur degré de maturité et les caractéristiques propres aux garçons et aux filles de leur âge.

Ça fait un bout de temps que je me demande si je devrais parler de sexualité avec mes deux grands, et si oui, quoi dire. Bien entendu, ils connaissent depuis longtemps la mécanique, la biologie de la chose. Ils savent comment on fait des bébés et je leur ai appris les vrais mots qui représentent les parties génitales. Mais j’avais le sentiment que je devais aborder le sujet à nouveau avec eux pour parler de contraception, d’ITSS, de consentement, de plaisir et de respect, et de pornographie.

Quand j’ai demandé à Alexandre ce qu’il en pensait, il s’est écrié : « Ben voyons, ils sont beaucoup trop jeunes! » Son air de déni total face au fait que ses enfants grandissent m’a convaincue que c’était bel et bien le temps d’avoir une petite conversation avec eux. Hihi!

Je me suis dit que c’était mieux de leur parler « des vraies affaires » plus tôt que trop tard. Après tout, ma mère a toujours été très ouverte avec nous à propos de sexualité et répondait très adéquatement et sans aucune gêne ni tabou à nos questions sur le sujet.  Par exemple, quand j’étais en 6e année, deux garçons de ma classe m’ont demandé : « Sais-tu c’est quoi, un condom? » Moi, qui pensais qu’ils parlaient d’un condo : « Ben oui, ma grand-mère habite là-dedans! » Évidemment, j’ai fait rire de moi pas à peu près!

De retour à la maison, ce soir-là, j’ai demandé à ma mère ce qu’était un condom. Elle a répondu à ma question et a même sorti un condom, un vrai, pour me montrer à quoi ça servait et à quoi ça ressemblait. Ce n’était pas gênant du tout, c’était une explication simple et naturelle. Elle m’a aussi dit qu’elle en garderait toujours dans l’armoire et que je ne devais pas me gêner à en prendre si un jour j’en avais besoin. Bien entendu, j’étais bien loin de même penser à avoir des relations sexuelles, à cet âge, mais ça m’a permis de savoir que cette protection était importante et facilement disponible. Et non, de savoir des choses sur la sexualité et la contraception ne m’ont pas incitée à avoir des relations sexuelles plus tôt. Pas du tout. Ça m’a aidée par contre, rendue à cette étape de ma vie, à comprendre comment ça fonctionnait et à me protéger adéquatement.

Bref, c’est comme ça que je veux aborder la sexualité avec mes enfants. Simplement, parce que ça fait partie de la vie, et ouvertement pour que mes enfants ne soient pas gênés de me poser leurs questions. Assez tôt, aussi, pour qu’ils apprennent ces choses de la bonne façon, avec les bonnes informations et les bonnes valeurs, qui proviendront de moi, plutôt que de leurs amis ou, pire encore, d’Internet.

Un soir, je suis donc allée jaser avec ma grande dans sa chambre. Je me suis assise sur son lit et on a placoté. Au début, elle était gênée, mais finalement, j’ai bien vu que je répondais à plusieurs questions qu’elle se posait sans oser les demander. J’ai commencé par lui parler de prévention des grossesses en lui parlant de la pilule et du condom. Puis, je lui ai conseillé de toujours utiliser le condom de toute façon, même si elle prend un jour la pilule, pour prévenir les ITSS. Ensuite, nous avons parlé de l’aspect émotif et affectif des relations sexuelles. Je pense qu’on oublie souvent d’en parler avec les jeunes. On parle de la « mécanique » et des maladies, mais à la base, c’est un magnifique acte d’amour, de tendresse et de complicité avec la personne qu’on aime, non? En tout cas, c’est ce que je veux que mes enfants apprennent. Je lui ai dit que puisque c’est un acte d’amour et de respect, jamais elle ne devait se sentir obligée de faire quoi que ce soit qui lui déplairait. Rien n’est obligatoire, en matière de sexualité, absolument rien. Et si son partenaire la force, lui met de la pression ou fait du chantage pour lui faire faire des choses qu’elle ne veut pas faire, c’est qu’il ne l’aime pas assez pour la respecter. Ma grande m’écoutait attentivement.

Je lui ai également parlé de pornographie. Nos enfants, aujourd’hui, ont facilement accès à Internet et nous ne pouvons pas toujours savoir ce qu’ils font sur le Web et surtout, ce qu’ils y voient. Si on peut avoir un certain « contrôle » à la maison, il n’en va pas de même lorsqu’ils vont jouer chez des amis ou lorsqu’ils regardent leur tablette électronique bien tranquille dans leur chambre. Je ne veux pas surveiller tout ce que mes enfants font ou restreindre leur accès au Web de façon arbitraire. Mais je veux développer leur esprit critique et les inciter à être vigilants lorsqu’ils naviguent sur la toile.

J’ai d’abord expliqué à ma grande fille ce qu’est la pornographie, en lui mentionnant que ce n’était pas approprié pour les enfants. Je lui ai expliqué que ces films ne représentent pas la réalité, que les actrices font semblant et font des trucs que bien des femmes n’ont pas envie de faire « dans la vraie vie ». Bref, si jamais elle est exposée à des images pornographiques, je ne veux pas qu’elle pense que ce qu’elle verra représente ce qu’est faire l’amour pour de vrai.

Elle m’a alors dit qu’une de ses amies lui avait déjà montré des gens tout nus qui font l’amour sur sa tablette électronique, mais que ça l’avait mise très mal à l’aise et qu’elle lui avait dit d’arrêter ça sur le champ. Je l’ai félicitée de s’être écoutée et d’avoir respecté le sentiment de malaise qu’elle avait ressenti. Je lui ai rappelé qu’il faut toujours écouter notre cœur et que si on ne se sent pas bien dans une situation, c’est que ça ne nous convient pas. Elle m’a aussi dit qu’une autre de ses amies avait vu des images pornographiques sur l’ordinateur familial après que son beau-père l’ait utilisé. Il n’avait visiblement pas bien fermé ses fenêtres de navigation…  Ça m’a confortée encore plus dans mon opinion que les enfants d’aujourd’hui seront inévitablement exposés à la pornographie, un jour ou l’autre, bien souvent involontairement. Nous ne pouvons pas les cloîtrer pour tenter de les soustraire à ces images, mais nous pouvons, en tant que parents, faire de la prévention qui les aidera à réagir de la bonne façon s’ils en voient…

J’ai terminé ma conversation avec ma grande en lui rappelant que même si c’est parfois gênant d’en parler, je serais toujours disponible pour répondre à ses questions.

Hier, j’ai décidé d’avoir le même genre de conversation avec grand A. Disons que sa réaction n’a pas été du tout la même!

Moi : « Grand A., j’aimerais ça te parler de sexualité »

A, horrifié : « Aaarrrkkk! »

Moi : « Ben voyons, c’est important! Pis c’est pas dégueu, ça fait partie de la vie! »

A, dégoûté : « Maman, AAA-RRRR-KKK-EEE! »

Moi, crampée : « Ok, ok! Je veux juste savoir si tu as déjà vu des images de monde tout nu sur le Web »

A, presque traumatisé : « Du monde tout nu? AAAAAA-RRRRRR-KKKKK-EEEEE! »

Hihi! J’ai laissé faire, je pense qu’il n’est pas du tout rendu là! Je me reprendrai plus tard, quand il sera plus réceptif.

Finalement, je suis allée jeter un coup d’œil dans l’historique de navigation des iPod de chacun de mes enfants, juste pour voir. L’historique de grande M. était vide, ce qui ne m’a pas surprise parce qu’elle utilise principalement la messagerie texte et la musique, c’est tout. Rien à signaler dans ses messages textes ni dans ses courriels non plus. L’historique de navigation de grand A. était exclusivement constitué de superhéros et de vidéos de dessins animés. Excellent!

Ma prochaine étape sera d’acheter un livre sur la sexualité, probablement celui de Jocelyne Robert, que j’adore, qui s’adresse aux 9-12 ans, et de le laisser trainer tout bonnement près des toilettes ou dans la bibliothèque du salon. Comme ça, s’ils ont des interrogations ou sont curieux, ils auront accès à une source fiable d’information sans avoir nécessairement à me poser des questions. Je pense que ça complètera bien le tout pour l’instant…

J’espère avoir abordé le sujet de la sexualité avec enfants de la bonne façon. Je pense bien que oui…

Et vous, comment avez-vous abordé le sujet avec les vôtres? Comment vos parents vous avaient-ils parlé de tout ça?


vendredi 2 janvier 2015

Bienvenue, 2015!

Ça y est, 2014 est terminée. C’est l’heure des bilans de l’année qui vient de se terminer et des résolutions pour celle qui commence, alors à mon tour de me lancer!

2014 : Fini les bébés!

Pour moi, 2014 a été une année somme toute assez bonne, sans hauts trop hauts ni bas trop bas. Une année marquée principalement par la fatigue, incontournable quand on a deux enfants en bas âge.

2014, c’est aussi l’année où nous avons officiellement et définitivement décidé que notre famille était terminée. J’en suis très heureuse. Ça fait douze ans que je suis soit en attente de grossesse, enceinte, en deuil d’une grossesse, allaitante ou avec un bébé dans les bras. Douze ans où ma vie a tourné autour de la maternité presque exclusivement, où mes grossesses et mes bébés étaient au cœur de mes jours et de mes nuits, de mes décisions professionnelles et personnelles.

Bien sûr, je suis encore maman et le serai toujours! Mais dorénavant, mes années de fertilité et de bébés sont derrière moi et c’est très bien comme ça. Pour la première fois depuis douze ans, je me sens totalement complète. Il ne manque plus personne dans ma maison. Pas de petite âme dans les limbes qui attend que je l’accueille dans mon ventre et dans ma vie. J’ai vécu six grossesses. Deux garçons, deux filles et deux bébéanges plus tard, je suis prête à passer à autre chose, à avancer, à regarder mes enfants grandir tout en grandissant moi-même avec eux.

La fin de cette étape importante de ma vie m’a sautée aux yeux au cours des derniers jours, alors que nous étions au chalet en compagnie de mon papa. Petite É., à 16 mois, s’est enfin mise à marcher toute seule. Je la regardais, je la trouvais belle, et surtout, je la trouvais grande.

J’ai alors réalisé que je n’ai plus de bébé. Que je n’en attends pas non plus et que je n’en attendrai plus. J’ai ressenti un grand calme, une sorte de sérénité. Ma petite É. grandit. Son visage change, ses traits sont plus définis. Nous découvrons de plus en plus sa personnalité, qui se précise et s’extériorise chaque jour davantage.

Oh, elle est encore petite, tout de même! Elle n’a toujours pas de cheveux, ou presque. Je l’allaite encore avec bonheur. Mais elle grandit, gagne en indépendance et en caractère.

Ils grandissent tous, mes enfants. Grande M. qui a des attitudes d’ado, qui est grande, qui est maintenant une jeune femme. Grand A., qui pose des questions compliquées, qui est curieux de tout, tout le temps. Petit L., qui est dans une phase d’affirmation très forte, qui aimerait donc être encore un bébé, mais qui grandit quand même malgré lui. Et Petite É., toute mignonne, qui marche, placote, prend sa place dans la famille et ne s’en laisse pas imposer.

Des résolutions pour 2015?

Non, pas de résolutions pour 2015. Pas de mot phare non plus, pas de défis ni d’objectifs à atteindre. Pas d’attentes.

Cette année, j’ai juste envie de me laisser porter et d’accepter ce que la vie m’apportera, tout simplement. Je me sens d’un calme et d’une sérénité déconcertants pour moi qui suis habituellement si anxieuse.

Je pense que je vais simplement ouvrir grand les bras et accueillir cette nouvelle année qui arrive.


Bienvenue, 2015! 

vendredi 21 novembre 2014

Joyeux chaos

Aujourd’hui, un joyeux chaos régnait dans ma maison.

D’abord, petit L. est à nouveau à la maison les jeudis et les vendredis. Je l’avais inscrit à la garderie à temps plein un peu plus tôt cet automne, mais j’ai dû le remettre à temps partiel. La garderie où il va est vraiment formidable, mais elle coûte 44 $ par jour, ce qui est beaucoup trop cher pour notre petit budget, même avec le crédit d’impôt pour les frais de garde. Mes contrats de rédaction ne servaient qu’à payer la garderie, ce qui est un peu absurde. Travailler pour faire garder son enfant, ça n’a pas tellement de sens…

Et puis, je m’ennuyais de mon petit homme et je crois que lui aussi s’ennuyait de moi. Depuis son congé de convalescence à la suite de son opération, il n’avait plus autant envie d’aller à la garderie. J’ai donc réorganisé mon horaire d’école à la maison pour que tout le monde y trouve son compte. Les lundis, mardis et mercredis, quand mon petit homme est à la garderie, je fais beaucoup d’école avec mes grands et j’en profite pour leur faire faire des travaux qui exigent plus de concentration. Les jeudis et vendredis, quand mon petit L. est à la maison, nous faisons des matières un peu moins théoriques, comme des arts, de l’anglais ou des sciences, par exemple.

Bref, j’avais mes quatre enfants avec moi aujourd’hui et nous avons passé une super belle journée. Ce matin, tous mes enfants ont joué ensemble. Les quatre. Sans chicane. Dans le rire. Les petits avec les grands. C’était la première fois que ça arrivait!

Ils jouaient à la cachette dans la maison. Les deux filles contre les deux garçons. Grande M. se promenait et se cachait avec sa toute petite sœur dans les bras. Grand A. et petit L. comptaient ensemble et partaient à la recherche des filles, qu’ils trouvaient facilement, car elles riaient à qui mieux mieux. Ils faisaient du bruit, riaient, couraient partout, déplaçaient de l’air en masse!

Et moi, je les regardais et les écoutais discrètement pour ne pas couper leur jeu, pour ne surtout pas les déranger et briser ce bel instant. Je souriais en constatant qu’ils grandissent tellement, surtout mes deux petits qui changent à vue d’œil et qui réussissent maintenant à faire des jeux avec les grands. C’était vraiment beau à voir!

Cet après-midi, comme c’était une journée pédagogique, mes deux plus vieux ont invité des amis à venir jouer à la maison. Encore une fois, il y avait de l’action dans ma maison! Petit L. est resté près de grande M. et de son amie un long moment, à les regarder jouer et à rire avec elles. Grand A. et son ami, quant à eux, ont joué un long moment dehors, tandis que ma petite É. s’est reposée un peu de sa matinée intensive de jeu. J’aime quand ça grouille et que ma maison est remplie d’enfants. Ça vibre de vie!

Mais l’heure du souper est sans contredit le moment le plus joyeusement chaotique de la journée, chez moi. Quand papa est là, les enfants ont tant de choses à lui raconter! Ils parlent tous en même temps et même petite É. se met de la partie pour placoter dans son jargon de bébé.  Les enfants disent des folies, nous rions tous, nous racontons des blagues, des anecdotes, parlons de toutes sortes de choses.


Ce soir, pendant le brouhaha du repas, Alexandre et moi nous regardions en souriant. Ça parlait, ça riait, ça mangeait tout autour de la table. Petite É. répandait avec un plaisir évident son yogourt sur la table. Petit L. riait d’une blague que les grands se racontaient, même s’il ne la comprenait pas. Nous, nous étions heureux. Une grande tablée, c’est ce que nous avions toujours souhaité depuis que nous nous sommes rencontrés à la fin de l’adolescence. Notre vie est souvent un joyeux chaos, mais pour rien au monde je ne la changerais!

samedi 27 septembre 2014

Juste nous deux



Ça fait des semaines que c’est inscrit sur mon calendrier. Ces derniers jours, nous comptions les dodos qui restaient avant aujourd’hui. Le simple fait d’en parler nous rendait tout excités.

C’est aujourd’hui qu’Alexandre et moi avions une journée sans enfants. Sans enfants comme dans « juste nous deux ». Ensemble.

Et pas seulement pour quelques heures, non! Pour TOUTE la journée, du matin jusqu’au soir, rien de moins!

Wow, tout ce temps juste pour nous! Qu’allions-nous donc en faire?

Sitôt levés ce matin, nous sommes allés reconduire les enfants chez papi et mamie. Ils étaient tous super contents d’y aller.

C’est la première fois que j’allais être séparée de ma petite É. aussi longtemps. Mais je n’étais pas inquiète du tout. Elle est grande, maintenant, et elle connait bien ses grands-parents.

Je suis donc partie sans aucune inquiétude, aucune crainte, rien. Juste de l’excitation de passer une journée entière avec mon amoureux!

Ça nous arrive si rarement d’avoir du temps sans nos enfants que nous ne savions même pas quoi faire! En fait, c’est que nous voulions tellement être sûrs d’en profiter à fond que nous voulions tout faire…

Nous avons décidé d’être réalistes, de ne pas surcharger notre journée et de nous reposer. 

Nous avons déjeuné-diné en tête à tête au resto. À la table voisine se trouvait une jeune famille avec un tout petit bébé. Une petite fille toute neuve, si neuve qu’elle n’était même pas encore toute dépliée!

Nous l’avons regardée. J’avais envie de croquer ses petites joues rondes. Je trouvais si mignonnes ses petites mini jambettes. Ah, que j’aime les bébés!

Alexandre était aussi en extase que moi. Mais autant avoir un tout petit mini bébé tout neuf dans les bras nous manquera, autant nous sommes convaincus, heureux et même soulagés que notre famille soit terminée.

En après-midi, nous sommes allés marcher dans le parc Les Salines de Saint-Hyacinthe. C’est tout près de chez nous et nous n’y étions jamais allés. Quel magnifique endroit! Nous nous sommes promis d’y retourner très bientôt avec les enfants.

Nous avons marché longtemps. Juste nous deux.

Nous nous sommes même tenus par la main! C’est si rare que nous pouvons le faire. Mais cette fois, nous n’avions ni poussette à pousser, ni petite main d’enfant à tenir, rien.

Nous avons parlé beaucoup. De nos projets. De nos états d’âme. De nos préoccupations. De nos joies. De ses futurs tatous. De nos enfants, bien sûr.

Nous avons ri aussi. De rien de spécial, juste des petites niaiseries qui me font rire à tout coup, et de mon fou rire qui le fait rire ensuite.

Nous nous sommes tus souvent. Juste pour apprécier le silence, le bruit du boisé et du parc. Il n’y a rien de mieux que de se taire, parfois, pour ressentir pleinement la présence de l’autre à ses côtés. Et pour me trouver tellement chanceuse d’être avec lui, d’être ensemble, d’être nous.

Il faisait beau, il faisait chaud, mais l’ombre du boisé apportait une certaine fraîcheur vraiment confortable. Nous avions apporté chacun notre livre, pensant que nous aurions peut-être envie de nous installer quelque part pour lire l’un à côté de l’autre. Finalement, non. Nous promener était trop agréable et nous n’avions aucune envie de nous arrêter.

En fin d’après-midi, nous sommes allés à l’épicerie ensemble pour acheter ce dont nous avions besoin pour le souper. Nous nous sommes choisi chacun un petit dessert spécial, à notre goût.

Nous avons soupé tranquillement à la maison. Nous avons pris notre temps, savouré chaque bouchée. Parlé, encore. 

C’est si agréable de goûter vraiment à ce qu’on mange. De ne pas être interrompus. De ne pas avoir de dégât à ramasser pendant le repas, ni de chicane à gérer. Pas de cacophonie. Pas d’enfants qui veulent tous parler en même temps. Juste de pouvoir manger calmement est formidable, quand ça ne nous arrive pas souvent.

En soirée, mes seins durs-comme-de-la-roche-car-trop-gonflés-de-lait ont sonné l’heure d’aller chercher les enfants.

Je m’étais ennuyée d’eux juste un petit peu. Juste assez pour dire que j’avais hâte de les revoir (et que petite É. me soulage en buvant de mon lait!), mais pas trop.

Les enfants étaient heureux, quand nous les avons rejoints chez papi et mamie. Ils avaient passé une belle journée et s’étaient bien amusés.

C’était une journée parfaite.

Nous n’avons absolument rien fait de très extravagant! Mais c’était une journée toute simple, calme, reposante et « ressourçante » comme nous en avions tant besoin.

On avait expliqué aux enfants que nous avions une journée d’amoureux. Alors, on s’est aimés. Et pour ça, pas besoin de flaflas, de grandes dépenses ou de sorties fancy.

On est déjà très amoureux tous les jours, de toute façon. C’est juste qu’aujourd’hui, on avait encore plus de temps que d’habitude pour s’en rendre compte.

On était bien, on était amoureux.

Pour une fois, on était juste nous deux.

jeudi 11 septembre 2014

Mes petits pieds froids



Septembre 1998

Je viens tout juste d'avoir 17 ans.

Comme presque toutes les fins de semaine, ma gang d’amis et moi nous retrouvons chez JP. Ses parents partent au chalet tous les week-ends et il a la maison à lui tout seul!

Nous sommes plutôt sages, ne craignez rien. Musique, films, bonne bouffe et fous rires sont au programme. Pas d’alcool, pas de drogue, même pas de cigarettes. Juste du gros fun, à jeun. On est sages, je vous l’ai dit!

Cette fin de semaine-là, un nouveau venu se joint à notre cercle d’amis : Alexandre, le grand frère de mon amie Évelyne. Elle l’a invité à passer la fin de semaine avec nous.

Alexandre, je le connais juste un peu. Il allait à la même école secondaire que nous, bien entendu. Et puis, je le croisais parfois quand j’allais chez mon amie. Sans plus.

Mais… bon sang que je le trouve beau! Il a les cheveux longs, ce qui me fait craquer à coup sûr. Il a un look « plein-air », qui me plait tellement. Une magnifique mâchoire. Des belles lèvres…

Ça fait longtemps qu’il m’est tombé dans l’œil. Mais je ne suis que l’amie de sa petite sœur. Il ne m’a sans doute jamais remarquée. Il ne me regardait jamais quand il venait jaser avec sa sœur à notre table, à la cafétéria. De toute façon, il a tout le temps des blondes.

Et puis, je suis beaucoup trop gênée pour lui parler! Il est un peu excentrique, il m’intimide. J’ai dit à mon amie que je le trouvais bizarre, son frère. Je ne veux surtout pas qu’elle sache que je fonds quand je le vois… 

Alors, lorsqu’il s’est joint à nous cette fin de semaine chez JP, le cœur m’a fait mille tours. Il est beau, il est gentil! Nous parlons enfin et faisons connaissance pour vrai.

Assise sur le canapé avec un ami, je feuillette un livre sur les extraterrestres. Alexandre vient s’asseoir à côté de moi pour regarder lui aussi. On niaise tous ensemble. Nous sommes un peu coincés, tous les trois sur le canapé…

Mon ami se lève. Je me tasse un peu pour me décoller d’Alexandre, maintenant que nous avons plus de place. Il me dit plutôt : « Tu peux rester où tu es… » Alors, je reste tout près de lui et nous continuons de feuilleter le livre côte à côte.

En soirée, nous écoutons un film. Après, comme d’habitude, nous nous cordons tous dans le sous-sol pour dormir.

Je m’installe pour la nuit et c’est alors que je me rends compte qu’Alexandre s’est placé juste à côté de moi! Le cœur battant, je n’arrive pas à dormir. Il est si près!

Nous partageons la même couverture. En bougeant, mon pied touche sa jambe. Comme d’habitude, mes pieds sont glacés. Alexandre s’en rend compte : « Mets tes pieds sur ma jambe pour les réchauffer. »

Aaaaarrrgggh! Il n’est plus seulement couché à côté de moi : je lui TOUCHE! Ça y est, je suis persuadée que je n’arriverai pas à dormir de la nuit. Bien sûr, un pied sur un mollet, ce n’est pas super sensuel, mais pour moi, c’est incroyable!

Je ne veux pas enlever mes pieds, je veux continuer de lui toucher, mais comme ils sont réchauffés, c’est un peu gênant de les laisser là…

Alors, je sors subtilement un pied de sous les couvertures. Il devient tout froid. Je le remets ensuite sur Alexandre, tandis que je sors l’autre pied pour le refroidir… Héhé, j’ai trouvé une stratégie pour pouvoir le toucher toute la nuit : mes pieds seront froids tout le temps!

Le lendemain, nous retournons tous chez nous. Je pense à Alexandre tous les jours, toutes les nuits, toutes les heures. Je n’ai qu’une envie : le revoir!

Une semaine passe…

La fin de semaine suivante, nous allons à nouveau chez JP. Le film « Le Titanic » vient tout juste de sortir en DVD et il nous invite à aller l’écouter chez lui un après-midi.

Alexandre est là! Évidemment, nous nous assoyons l’un à côté de l’autre pour l’écouter. Je suis HYPER gênée et ne sait pas du tout quoi faire, comment me placer.

Mon amie Michèle me fait de (très peu) subtils gestes pour m’inciter à me coller sur Alexandre. Oh là là, c’est tellement gênant…

Je me déniaise et je m’accote sur lui. C’est ma place. Je suis bien…

Après le film, nous repartons chacun chez nous. Au coin de ma rue, Alexandre se penche vers moi et m’embrasse. Je pense que je vais défaillir.

Je rentre chez moi, referme la porte et m’accote derrière, sonnée. J’ai un chum! Mon premier vrai de vrai chum! Et ce n’est pas n’importe qui : c’est LUI! J’ai le goût de danser, de chanter, de crier mon amour au monde entier!

C’était il y a 16 ans. 

Encore aujourd’hui, devinez ce que je fais quand je me couche le soir? Je place mes petits pieds froids sur les jambes bien chaudes de mon Alexandre. Mais je n’ai plus besoin de stratagème pour les y laisser quand ils sont réchauffés!