Qui suis-je?

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lundi 17 août 2015

Il y a deux ans...

17 août 2013. 39 semaines de grossesse.

Ce matin-là, vers 8 heures, petit L. vient me tirer de mon sommeil. Mon petit homme est fin prêt à commencer sa journée, mais j’aurais dormi un peu plus longtemps! Avec mon gros ventre, la chaleur et tous mes inconforts de fin de grossesse, je dors si mal…

Sitôt réveillée, j’ai l’étrange impression que mon bébé est beaucoup plus bas que la veille, quand je suis allée au lit. Je le sens dans mon bassin, je me sens lourde.

Je me lève et me rend au salon avec mon petit L. pour écouter des dessins animés avec lui. Je m’assois avec lui sur le divan et c’est là que tout à coup… flouch! Je crève mes eaux!

Je me relève subitement, empoigne la jetée qui était sur le divan et la mets entre mes jambes pour absorber toute l’eau qui s’écoule de mon ventre. Grand A., qui arrive au salon, me regarde avec de grands yeux. Je lui demande de vite aller chercher son père et de lui dire que j’ai crevé mes eaux.

Alexandre surgit en trombe dans le salon : « Ok, on part! ».

Moi : « Attends, je n’ai même pas de contractions! Peut-être qu’on peut attendre un peu avant de partir. »

En réalité, même si c’est mon quatrième accouchement, c’est la première fois que je crève les eaux en tout début de travail. Pour tous mes autres enfants, la poche des eaux s’est rompue au moment de pousser seulement. Je ne sais pas quoi faire!

Mon premier réflexe est de téléphoner à ma sœur, qui a elle-même accouché de son premier enfant deux semaines plus tôt et qui avait crevé ses eaux en début de travail.

Moi : « J’ai crevé mes eaux, mais je n’ai pas encore de contractions. Qu’est-ce que je fais? »

Ma sœur : « Ben, tu t’en vas à l’hôpital! En plus, tu as accouché tellement vite les dernières fois! Allez, pars! »

Je prépare mes choses pour partir, je téléphone à ma mère pour qu’elle vienne s’occuper des enfants, j’appelle mon amie Valérie, qui est aussi mon accompagnante à la naissance, pour lui dire d’aller nous rejoindre à l’hôpital. Alexandre, lui, va chercher la voisine pour qu’elle surveille les enfants en attendant l’arrivée de ma mère.

À 8h20, nous sommes en route! J’ai quelques petites contractions irrégulières et pas trop douloureuses. Je m’incline vers l’arrière sur mon siège, afin que la tête du bébé accote sur le col et empêche le liquide amniotique de s’écouler.

Nous arrivons à l’hôpital vers 8h45. Je commence à me sentir de plus en plus nerveuse. Je vais accoucher, pour vrai de vrai! Et si mon corps ne se souvenait plus comment faire? Et si les choses tournaient mal, cette fois-ci? J’ai hâte d’avoir mon bébé dans les bras. J’ai hâte que ce soit terminé.

Je m’assois sur un banc, devant l’hôpital, pendant qu’Alexandre va stationner la voiture. Je n’ai pas encore beaucoup de contractions. J’en profite pour respirer à fond l’air doux et chaud de ce beau matin d’été. Il fait beau, le soleil réchauffe ma peau. J’essaie de me détendre.

Valérie nous attendait à la maternité. Je suis contente de la voir! Sa présence me rassure. Avec elle et Alexandre à mes côtés, je sais que je vais y arriver. Les infirmières m’accueillent et m’installent dans une salle d’évaluation. Je revêts la jaquette d’hôpital et m’assois en indien sur le lit. Dans cette position, je sens mon bassin bien ouvert et je suis relativement confortable.

Les infirmières me posent des questions, m’examinent et installent le moniteur. Pour l’instant, le moniteur ne me dérange pas, je les laisse donc faire. Par contre, je fais dos à l’appareil qui mesure me contractions et c’est très bien. Je ne veux pas savoir ce que l’appareil mesure. Je veux simplement ressentir ce que mon corps vit et entrer dans ma bulle.

Les contractions sont maintenant de plus en plus fortes et régulières. Elles durent plus longtemps, aussi. Quand une contraction se pointe, j’interromps ma conversation, je fixe un point droit devant moi, je respire et je n’entends plus rien autour de moi. J’ai mal, mais je sais que chaque vague de douleur permet à mon col de s’ouvrir un peu plus. Je me parle mentalement : « La vague arrive. Je suis au sommet de la vague, la douleur va s’estomper bientôt. Mon bébé s’en vient. Tiens bon, bébé. Nous sommes ensemble. Bientôt, tout sera fini et tu seras dans mes bras. Ah, la vague est enfin passée. On a un petit répit jusqu’à la prochaine, bébé. Tout est calme, maintenant ».

À chaque contraction, un flot de liquide coule entre mes jambes. J’entends une des infirmières dire à l’autre : « Le liquide est teinté ». Je m’inquiète. Du méconium dans le liquide? Ça veut dire que le bébé est en détresse! Valérie me rassure : « Il est très peu teinté, ce n’est presque rien. Ne t’inquiète pas, tout va bien. »

Enfin, on me dit que la chambre de naissance est prête. Je peux marcher pour m’y rendre, ce n’est pas très loin. Je marche un peu tout croche, en tenant un piqué entre mes jambes pour ne pas répandre de liquide amniotique  dans le corridor! Ça me fait du bien, de marcher. Je sens mon bébé si bas, si bas!

J’entre dans la chambre de naissance. On m’a donné celle au bout du couloir, dont un mur complet est vitré. Par les immenses fenêtres entre la douce lumière de ce beau matin d’août. C’est la même chambre où j’ai donné naissance à mon grand A.! Je m’y sens bien, je suis rassurée de me retrouver dans ces lieux connus.

Debout, près du lit, je sens soudain une grande pression. Ça pousse! Une bouffée de chaleur m’envahit et j’arrache vivement ma jaquette. J’ai toujours accouché toute nue, je ne supporte aucun vêtement sur mon corps qui travaille si fort pour donner naissance.

Je m’approche du lit et j’y monte, à quatre pattes. Je sens que je ne peux pas m’asseoir. Je reste donc ainsi, à quatre pattes, nue. Je n’ai plus de contractions, mais je n’ai pas non plus envie de pousser. Je ne me sens pas bien. Je déteste la phase de latence, où il ne se passe plus rien, où je ne peux qu’attendre que mon corps soit prêt à passer à la prochaine étape.

Tout à coup, ça pousse. Beaucoup. Très fort! Je veux POUSSER! Alors, je pousse. J’entends vaguement les infirmières s’agiter autour de moi. L’une appelle le médecin, lui donnant un code qui doit vouloir dire : « Arrive au plus vite! ».

Je sens mon bassin s’ouvrir quand le corps de mon bébé y passe. Une seule grosse poussée a été nécessaire pour faire sortir ma petite fille de mon ventre. Ma petite É. a littéralement plongé tête la première dans mon lit… et dans la vie!

Comme je suis à quatre pattes, je ne vois pas mon bébé. Je sais qu’elle est derrière moi, mais je ne suis pas certaine si j’ai fini d’accoucher ou si je dois encore pousser. Je demande sans arrêt : « C’est fini? Est-ce que c’est fini? ». Le médecin, enfin arrivé dans la chambre, me répond : « Ne vous assoyez surtout pas, madame! ». Je comprends que ma petite est toute là, sous moi, et que si je m’assois, je vais l’écraser!

Enfin, quelqu’un prend mon bébé et je peux m’installer dans mon lit. Il est 9h30 et j’ai ma petite puce dans les bras. Je suis folle de joie, Alexandre et Valérie aussi! Ça s’est si bien passé, ça a été si vite encore une fois!

Je prends ma petite fille, nue, et la colle contre ma poitrine, nue elle aussi. Le peau à peau des premiers instants de vie, quel bonheur! Elle cherche mon sein et l’agrippe rapidement. Elle tète goulûment, comme une championne. Si affamée de vivre, si avide de se nourrir de mon lait!

Pendant ce temps, l’infirmière masse mon ventre et le médecin retire le placenta. Nous sommes tous de bonne humeur après cette naissance heureuse et facile. Avant qu’ils ne partent avec le placenta pour en disposer, je demande à le voir. Je l’observe, l’infirmière me montre les différentes parties, le cordon, la poche des eaux. Je remercie mentalement mon placenta d’avoir permis à mon bébé de vivre et de se développer pendant ses neuf mois où il a été dans mon ventre, comme je l’ai fait après chacun de mes accouchements.

Une fois bien installée, les manœuvres et interventions post-accouchement terminées, le médecin et les infirmières quittent, nous laissant seuls dans la chambre avec notre toute nouvelle petite poulette. Valérie nous serre bien fort dans ses bras et quitte, elle aussi.

Nous voilà, Alexandre, petite É. et moi, réunis pour la première fois. Nous avons si hâte d’annoncer la nouvelle de son arrivée à tous nos proches que nous téléphonons à tout le monde!

J’observe ma petite fille, que j’aime depuis si longtemps déjà, mais qui est néanmoins une inconnue. Elle a une petite bouche en cœur. Un menton pointu. Une belle tête ronde et chauve. Elle sent bon.  Elle a une grosse tache de naissance qui s’étend de son front jusque sur ses paupières. Je sais que cette tache, qu’on appelle « le baiser de l’ange », va pâlir avec le temps. L’ange lui a définitivement fait un gros bisou!

J’observe ses petits traits, et je ne lui trouve pas beaucoup de points en commun avec mes autres bébés naissants : « Tu ne ressembles pas à tes frères et sœurs! Qui es-tu, toi? ». J’ai déjà hâte de découvrir sa personnalité, son unicité.

Je suis restée à l’hôpital 24 heures seulement. J’aurais sans doute pu sortir la journée même de mon accouchement, puisque ma petite buvait bien et que j’avais eu un accouchement sans complication. Mais je savais que ce séjour à l’hôpital était le seul moment que je pourrais passer seule à seule, dans le calme, avec ma petite fille. Je savais bien que dès mon retour à la maison, la réalité du quotidien allait reprendre rapidement son cours, avec trois autres enfants dont je devrais m’occuper et qui me solliciteraient constamment. À l’hôpital, malgré les visites fréquentes des infirmières, c’était quand même plus tranquille qu’à la maison. Et je n’avais pas à préparer de repas, à ranger la cuisine, à gérer des enfants…. La paix, quoi!

C’est ainsi que ma petite É. est entrée dans ma vie. Dans le calme et la douceur.  Aujourd’hui, elle est encore calme et douce, ma belle poulette de deux ans! Elle ressemble un peu plus à ses frères et sœurs qu’à sa naissance, surtout à petit L. Elle n’a toujours presque pas de cheveux! Elle est souriante, taquine, affectueuse, presque toujours de bonne humeur.

C’est ma petite dernière et elle le sera toujours. Ma petite cerise sur le sundae!

Je t’aime, petite É.! Bonne fête!



jeudi 16 juillet 2015

2400 jours

2400 jours.
80 mois, si vous préférez.
Ça fait presque 7 ans.

2400 jours pendant lesquels j’aurai allaité au cours de ma vie. Pas en continu, tout de même! Mais si j’additionne la durée d’allaitement de chacun de mes enfants, c’est l’impressionnant total obtenu.

C’est long!

Et maintenant, c’est fini.

Ma petite É. a cessé de prendre le sein, à 22 mois. Je ne me sens pas triste, ni nostalgique. Je ne suis ni déçue ni contente que cette étape de ma vie soit terminée. Je constate, tout simplement. Nous étions rendues là, elle et moi, et toute bonne chose a une fin. C’est ainsi, et c’est tout!

J’ai tellement aimé allaiter mes enfants! Cette période de symbiose avec chacun d’entre eux a été si précieuse pour moi. Cette relation exclusive a fait de moi la maman que je suis, et eu un impact déterminant sur mon maternage.

Parce que ces moments où j’avais mon bébé au sein nous appartenaient, nous étaient réservés, à nous seuls. Tout le monde peut changer des couches, bercer bébé, le consoler, lui donner sa purée ou le laver dans le bain. Mais personne d’autre que moi ne pouvait l’allaiter, aucun autre lait que le mien était conçu spécialement et uniquement pour mon enfant.

Ces moments d’allaitement étaient mon privilège de maman. Quand j’allaitais, j’avais mon bébé pour moi toute seule! Lorsque nous étions entourés de gens qui voulaient prendre ou toucher mon bébé, dans une fête ou une occasion spéciale par exemple, l’allaitement me donnait l’excuse parfaite pour le reprendre et m’enfermer dans ma bulle avec lui pour lui donner le sein. Les gens ne dérangent pas une maman qui allaite, certains plus pudiques n’osent même pas regarder. Je pouvais donc apaiser mon bébé et lui offrir une petite pause de vie sociale, de bruit et de manipulations, tout en lui donnant de mon lait chaud et sucré.

J’ai profité de ces beaux moments d’allaitement pendant 2400 jours. Et j’en garderai à jamais des souvenirs emplis de tendresse et d’amour.



samedi 8 novembre 2014

Je bercerais ma petite pour toujours

Ma petite É. a maintenant presque 15 mois. Elle n’a presque pas de cheveux, de beaux grands yeux bruns et des belles joues bien rondes. Elle a des grosses cuisses, une petite bedaine belle à croquer et des foufounes toutes rebondies.

Elle a trois dents, presque quatre, qu’elle laisse voir chaque fois qu’elle sourit. Et comme c’est un bébé facile et de bonne humeur, elle sourit presque tout le temps.

Elle commence tout juste à essayer de marcher, mais est plutôt prudente. On n’a besoin que de lui tenir une main pour qu’elle fasse quelques pas et en a même fait quelques-uns toute seule avant de tomber lourdement sur les fesses.

Elle est coquine et taquine. Elle adore jouer à caché-coucou. Lorsqu’elle fait un mauvais coup ou va à un endroit où elle ne devrait pas aller, elle fait un sourire de gripette et essaie de se sauver en se trainant sur les fesses à toute vitesse.

Elle placote tout le temps, dans son jargon de bébé, et fait toutes sortes de modulations avec sa voix. Et gare à vous si vous ne l’écoutez pas quand elle vous parle! Elle va tenter d’attirer votre attention de toutes les façons pour dialoguer avec vous.

Depuis qu’elle marche en s’agrippant aux meubles, mon salon est un véritable fouillis. Elle se rend jusqu’à la bibliothèque et jette tout son contenu, livres et jouets, sur le sol. Puis, elle va jusqu’aux paniers de jouets et les vide aussi. À elle seule, elle est responsable de la majeure partie du bordel qui règne dans ma maison!

Ma petite É. grandit à toute vitesse et ne sera bientôt plus un bébé.

Ma petite dernière, ma petite puce…

Alors, je la berce. Souvent. Elle s’endort encore au sein tandis que je la berce. Les experts en sommeil seraient sans doute scandalisés d’apprendre ça. Je n’ai rien à cirer de ce qu’ils pensent. Parce que moi, j’aime bercer et que rien ne m’empêchera de profiter de ces moments magiques avec ma toute petite.

On m’a déjà dit que je la gâtais, de la bercer comme ça, de l’avoir toujours dans mes bras, tout contre moi. Ces gens n’ont rien compris! C’est moi que je gâte, en faisant ça. Et je vais continuer aussi longtemps que j’en aurai envie.

Quand elle a fini de boire mon lait et lâche mon sein, toute endormie, je la regarde, la contemple. Sa belle bouche, ses belles petites lèvres entrouvertes. Sa peau si douce et si rose. J’écoute son souffle, lent et régulier. Je me délecte de son odeur toute délicate. Je sens la chaleur de son corps tout chaud, lourd et abandonné contre le mien.

Une fois endormie, je pourrais aller la déposer dans son lit, je le sais bien. Mais souvent, je suis trop bien pour briser le moment et je décide de la garder dans mes bras. Je nous enveloppe dans un châle et je profite du moment.


Je la bercerais pour toujours, ma toute petite. Un jour pourtant, elle sera trop grande pour ça. Mais pas maintenant. Alors j’en profite et je savoure chaque instant.

lundi 11 août 2014

Je ne me sentirai pas coupable si vous vous sentez coupable



Bon, mon titre a l’air un peu bizarre, et j’imagine que certains d’entre vous ont même dû le relire pour être sûrs de l’avoir bien compris.

Ces temps-ci, j’ai lu sur plusieurs blogues de maternité des textes sur l’allaitement. Des mamans qui aiment allaiter ou qui témoignent de leur expérience d’allaitement de bambins, ou autres expériences positives d’allaitement. 

Rien de plus normal, direz-vous! Je l’ai fait moi-même,après tout.

Mais ce qui m’a frappée, c’est que plusieurs de ces mamans-blogueuses spécifiaient, dans leur texte ou en note de bas de page, que leur récit positif sur l’allaitement n’était pas un jugement envers celles qui n’allaitent pas ou ne visait pas à les faire se sentir coupables de ne pas allaiter.

Qu’est-ce que c’est que ça? En quoi le sentiment de culpabilité potentiel des mamans qui n’allaitent pas est-il relié à leur récit d’expérience positive de l’allaitement?

Si certaines mamans se sentent coupables ou jugées parce qu’elles n’allaitent pas lorsqu’elles lisent ou entendent un récit sur l’allaitement, elles ont un gros problème! Soit elles n’acceptent pas leur non-allaitement, manquent cruellement de confiance en elles ou n’assument pas leur décision, non?

S’excuser d’aimer allaiter au cas où ça pourrait froisser ou faire sentir coupable celles qui n’allaitent pas me dépasse complètement.

Dans ce cas, il faudrait s’excuser d’à peu près tout!

Par exemple, une personne végétarienne qui raconte à quel point son repas sans viande est savoureux ou combien elle se sent bien et en santé grâce à son alimentation devrait mentionner chaque fois : « Mais je ne juge pas les carnivores! Je respecte tout à fait leur choix de manger de la viande! »

Ou vous allez en voyage et racontez votre superbe expérience et les lieux magnifiques que vous visitez. Vous devriez ensuite dire : « Même si j’adore voyager, je ne veux vraiment pas que ceux qui n’ont pas les moyens de le faire se sentent mal. C’est vraiment correct de ne pas voyager aussi. »

Voyons, personne ne fait ça!

Alors pourquoi les mamans qui allaitent se sentent coupables de faire sentir coupables les mamans qui n’allaitent pas?

J’ai l’impression que la « cause » de l’allaitement recule. Non seulement, selon certains, on devrait se cacher pour allaiter pourne pas froisser ceux qui ne pourraient supporter de voir un bébé au sein, mais en plus, il faudrait s’excuser d’aimer allaiter pour ne pas que les mamans qui n’allaitent pas se sentent mal ou jugées!

Et si tout le monde assumait pleinement ses propres choix? Et si on arrêtait de se sentir coupables de ses décisions, quelles qu’elles soient?

Et je profite de ce billet pour faire une autre affirmation-choc : ce n’est pas parce que j’affirme une chose que j’affirme automatiquement son contraire.

OK, cette phrase est compliquée, prenez le temps de la relire.

Vous saisissez?

Ce que je veux dire par là, c’est que souvent, les mamans (et peut-être l’ensemble des gens, mais je l’ai surtout constaté chez les mamans) tiennent pour acquis que si on dit quelque chose, on sous-entend son contraire.

Des exemples? En voilà : 

Si je dis : « Mon allaitement a été super important pour créer un lien d’attachement avec ma fille », je ne veux pas dire : « Si tu n’allaites pas, tu ne peux pas avoir un bon lien d’attachement avec ton enfant »  Je voulais simplement dire que pour moi, dans ma situation, avec mon bébé, selon ma personnalité et les circonstances de sa naissance, l’allaitement a été super important pour nous. C’est TOUT. Si tu te sens jugée ou que ça te fait sentir mal, je te conseille d’aller voir un psy, tu as peut-être des choses à régler.

Si je dis : « Je n’ai jamais laissé mes enfants pleurer pour s’endormir, je ne suis pas capable », je ne dis pas : « Si tu laisses ton bébé pleurer pour s’endormir, je te trouve cruelle, méchante et sans cœur » Je voulais simplement dire que pour moi, dans ma situation, avec mon bébé, selon ma personnalité et les circonstances de ma famille, la méthode de laisser pleurer le bébé ne me convient pas. C’est TOUT. Si tu te sens jugée ou que ça te fait sentir mal, je te conseille d’aller voir un psy, tu as peut-être des choses à régler.

Si je dis : « J’ai vraiment eu de beaux accouchements et je suis fière d’avoir accouché naturellement », je ne dis pas : « Si tu as eu un accouchement difficile, une césarienne ou que tu as pris l’épidurale, c’est un échec total, tu es vraiment poche et tu n’as aucune raison d’être fière de ton accouchement. » Je voulais simplement dire… Vous avez compris la suite, je ne répéterai pas encore une fois.

Alors je vous le dis haut et fort aujourd’hui : j’allaite, longtemps, et j’adore ça. C’est une expérience extraordinaire pour moi. Je ne m’empêcherai pas de le dire, je ne m’excuserai pas non plus et si j’ai envie d’en parler, je vais le faire. Tout comme je ne me cacherai pas pour donner le sein à mon bébé. Jamais.

lundi 14 juillet 2014

Allaiter, c’est sexuel?



Vous trouvez peut-être que je suis en retard pour écrire sur l’affaire Mélodie Nelson, cette maman qui s’est fait expulser deux fois plutôt qu’une d’une pataugeoire publique pour y avoir allaité son bambin.

Je sais, je suis en retard! Le « buzz » est passé, comme on dit. Mais j’étais incapable d’écrire sur ce sujet plus tôt, tellement j’étais en colère par toute cette histoire. Les mots se bousculaient, les idées tourbillonnaient, et moi, je rageais!

Comment peut-on concevoir qu’en 2014, après des années de luttes féministes, on voie encore le corps de la femme comme un objet sexuel? Et ce, dans toutes les circonstances, même les moins sexuelles, sensuelles et aguichantes? 

Ça me choque et ça me déprime en même temps. En tant que société, quel message envoyons-nous à nos filles?

Bon, voilà que je m’emporte à nouveau! 

Revenons-en au fait.

Ce qui s’est passé : une maman est à la pataugeoire avec ses deux jeunes enfants. Son bambin éprouve soudain un besoin (physique ou psychologique, peu importe!) de téter. La maman, attentive à son enfant, le prend et lui donne le sein. Point. Fin de l’histoire. Finito. 

Avez-vous lu quelque chose de sexuel là-dedans? 

Ce qui ne s’est PAS passé : La maman, tout en allaitant, n’a pas dénudé sa poitrine au complet de façon suggestive. Elle ne s’est pas léché les lèvres de façon aguichante en faisant des clins d’œil cochons aux autres baigneurs. Elle ne s’est pas mis la main dans la culotte pour se masturber. Elle ne s’est pas tripoté l’autre mamelon de façon sexy pendant que son bébé buvait à l’autre sein.

Pantoute. Pas du tout. Il n’y avait RIEN de sexuel dans son geste, ni dans son intention, et je suis pas mal sûre dans ses pensées non plus.

Pourtant, des gens se sont sentis « mal à l’aise » qu’elle ait allaité en public. Pourquoi? Parce qu’ils perçoivent le sein de façon sexuel uniquement.

Alors, qui est le plus pervers? La maman qui accomplit le geste de nourrir son enfant avec sa glande mammaire, son sein, qui a été conçu pour ça par la nature? Ou celui qui la regarde faire et qui voit tellement ce geste de façon sexuel qu’il en éprouve un malaise?

La perversion est dans le regard de celui qui regarde.

Le sein est une partie de l’anatomie féminine qui, dans notre société, est principalement considéré comme sexuel. Pourtant, pour certaines personnes, ce sont d’autres parties du corps qui sont excitantes sexuellement.

Prenons par exemple une personne qui est excitée par les pieds. Imaginez que vous êtes à la piscine municipale et, bien entendu, vous vous promenez pieds nus. Le sauveteur vient alors vous voir et vous dit : « Excusez-moi, mais un monsieur a vu vos pieds nus et ça lui crée un certain malaise. Pourriez-vous mettre des bas, sinon vous devrez quitter la piscine. »

Auriez-vous accepté de partir? Certainement pas! Auriez-vous mis vos bas? Vos gougounes, au moins? Même pas? Je parie que vous auriez répondu au sauveteur que si le monsieur en question est si mal à l’aise de voir vos pieds, il n’a qu’à quitter les lieux lui-même ou à regarder ailleurs.

Ça semble absurde? Eh bien, c’est aussi absurde que ce qui est arrivé à Mélodie.

Voici maintenant quelques arguments lancés par ceux qui ont un malaise face à l’allaitement en public : 

« Oui, mais des seins, c’est une zone érogène! »

Ben oui, comme tout plein d’autres parties de notre corps. Les lèvres, par exemple, sont une zone très sensible et c’est pourquoi c’est si agréable et excitant de s’embrasser.

S’il faut cacher les seins en tout temps, même lorsqu’ils servent à l’allaitement, sous prétexte que c’est une zone érogène, je propose aussi qu’on se cache les lèvres. C’est beaucoup trop sexuel de montrer ses lèvres en dehors de la chambre à coucher.

« Allaiter, c’est un acte intime entre la maman et le bébé »

Embrasser quelqu’un est aussi un acte intime. Pourtant, nous avons tous déjà embrassé l’être aimé en public sur les lèvres!

Donc, puisque les lèvres sont une zone érogène, et que s’embrasser est un acte intime entre deux personnes, c’est aussi sexuel qu’allaiter!

C’est pour ces raisons que je propose, afin d’éviter tout malaise, que soient créés dans les lieux publics, des « salles d’embrassement », au même titre qu’ont été créées les salles d’allaitement.

Vous pourrez donc vous y rendre si vous avez l’envie ou le besoin d’embrasser l’être aimé lorsque vous vous trouvez dans un lieu public.

« Ben là, je ne choisis pas quand j’ai le goût de donner un bisou à mon partenaire! Des fois, c’est spontané, juste parce que j’ai une bouffée d’amour et de tendresse! Je ne planifie pas tout le temps ça! »

Ben, imagine-toi donc que c’est pareil pour l’allaitement! Si je suis au centre d’achat, dans l’allée A, et que la salle d’allaitement est au fin fond de l’allée Y, ça se peut fort bien que je décide d’allaiter bébé sur place s’il a soif. Lui aussi, ses besoins de bébés sont spontanés et non planifiés!

« OK, mais si j’ai le goût d’embrasser mon amoureux pareil, au moment où j’en ressens l’envie? Et s’il n’y a pas de salle d’embrassement où je me trouve? »

Ah, ben là, tu as plusieurs options : 1) quitter les lieux; 2 ) vous cacher sous une couverture; 3) vous cacher sous un torchon, un linge à vaisselle ou n’importe quel autre bout de tissu que quelqu’un d’outré par vos baisers vous aura donné; 4) vous cacher sous un « tablier d’embrassement » sous lequel vous aurez beaucoup trop chaud;  5) aller vous embrasser aux toilettes ou dans une salle d’essayage.

Oui, parce que le malaise potentiel que pourrait ressentir le pervers cochon obsédé sexuel la personne sensible qui te voit embrasser la personne que tu aimes est beaucoup plus important que ton besoin d’exprimer cette marque d’affection.

« C’est vraiment ridicule! Ce n’est pas sexuel, quand j’embrasse la personne que j’aime, c’est juste beau, doux, et plein d’amour! »

Tu as parfaitement raison. L’allaitement aussi!

Encore une fois, cette analogie semble absurde, non?

Vous aurez sans doute perçu le cynisme et l’ironie sous mon idée de « salles d’embrassement ». C’est que, voyez-vous, j’ai toujours trouvé que les salles d’allaitement sont une fausse bonne idée. 

Bonne idée parce que ça permet aux mères d’allaiter calmement, sans avoir à subir le regard des gens sur elles. 

Mauvaise idée, parce qu’à vouloir cacher l’allaitement, ça envoie le message que c’est toléré, mais pas accepté. Si on veut que l’allaitement soit considéré comme parfaitement normal, il faudra bien un jour cesser de se cacher pour le faire, non?

Tout le monde médical met une pression énorme sur les mamans pour qu’elles allaitent. Mais quand elles le font, elles doivent s’isoler, se cacher, ne pas le faire trop longtemps ni trop souvent.

Et surtout, surtout ne pas montrer trop de sein. Parce qu’il y a des pervers cochons obsédés sexuels gens qui ne peuvent s’empêcher de penser au sexe quand ils voient un petit bout de sein qui dépasse derrière la tête d’un bébé qui tète. Beurk, j’écris ça et ça sonne vraiment malsain, non?

L’allaitement n’est pas sexuel. Les seins et le corps de la femme ne sont pas des objets sexuels non plus.

L’allaitement est un geste normal, naturel et rempli d’amour.


Qu’on se le tienne pour dit, une fois pour toutes!


dimanche 29 juin 2014

Doux moments d'allaitement



Ce soir, j’étais en train d’allaiter ma petite É., tout en la berçant, et je la contemplais. Je regardais ses joues dodues, ses belles petites lèvres qui souriaient tout en gardant le mamelon bien en bouche, avec quelques gouttes de lait qui perlaient aux commissures.

J’ai réalisé tout d’un coup que c’est le dernier bébé que j’allaiterai et ça m’a rendue nostalgique. Ma relation d’allaitement est loin d’être terminée avec petite É., car elle n’a que 10 mois et je n’ai pas du tout l’intention d’arrêter bientôt. Tout de même, c’est ma petite dernière et chaque étape me rappelle qu’elle grandit et qu’elle ne restera pas bébé pour toujours…

L’allaitement est une des périodes que j’aime le plus, en tant que maman. Pour moi qui n’aime pas tellement être enceinte, mais qui adore les nouveau-nés, c’est la relation idéale : une parfaite symbiose avec mon bébé, tout en pouvant profiter de ma liberté de mouvement. J’adore!

Avant d’avoir grande M., j’étais loin d’imaginer que l’allaitement prendrait une si grande place dans ma vie. J’étais la première de ma famille et de mon cercle d’amies à avoir un bébé, et les femmes de mon entourage étaient d’une génération où l’allaitement n’était pas la norme. Je n’avais donc pas beaucoup de modèles d’allaitement autour de moi.

La grossesse de grande M. a été très stressante. Ayant vécu une fausse couche juste avant de tomber enceinte d’elle, j’ai passé le premier trimestre à observer ma petite culotte de façon frénétique, de peur d’y trouver du sang. Quand finalement j’ai su que bébé était bien accroché, cette fois, quel soulagement j’ai éprouvé!

Malheureusement, ce soulagement n’a pas été de très longue durée puisque les inquiétudes se sont de nouveau manifestées au 3e trimestre. En effet, vers 24 semaines de grossesse, j’ai commencé à avoir des contractions plutôt douloureuses chaque fois que je faisais un effort physique. Mon médecin m’a aussitôt mise au repos : c’étaient de vraies contractions et j’étais à risque d’accoucher prématurément.

À partir de ce moment, je n’ai plus eu qu’une idée en tête : mener cette grossesse à terme. Je n’étais plus capable d’imaginer à quoi ressemblerait ma vie avec bébé, ne sachant pas si j’aurais un prématuré ou non. Avoir un bébé né à 24, 29, 32, 35 ou 37 semaines, c’est complètement différent! 

J’ai donc mis toutes mes énergies sur mon bébé, sur mon bedon, et je n’ai plus fait de projections pour les mois à venir. Chaque semaine qui passait sans que j’aie accouché était une petite victoire.

C’était très difficile. Je passais mes journées assise ou couchée, seule avec ma bedaine dans mon appartement. Je devais attendre qu’Alexandre revienne du travail pour pouvoir sortir. Il poussait ma chaise roulante pour me promener dans le quartier ou au centre d’achats.

Les regards compatissants que je recevais constamment me rappelaient que cette grossesse ne se déroulait pas du tout comme je l’avais rêvé. J’étais jeune, en santé, pourquoi ne pouvais-je pas profiter d’une belle grossesse? Je me sentais bien loin de l’image de la femme enceinte rayonnante, épanouie et en forme que j’aurais tant espéré être!

À 32 semaines de grossesse, les contractions ont repris de plus belle. Lors de l’une d’entre elles, particulièrement forte, un flot de sang a jailli. Nous nous sommes dirigés à toute vitesse à l’hôpital.

Diagnostic : décollement placentaire et accouchement imminent. Installée dans la chambre de naissance et un peu paniquée, je ne comprenais plus trop ce qui se passait. 32 semaines, c’est trop tôt pour accoucher!

Les médecins m’ont mise sous soluté puis m’ont donné un médicament pour faire cesser les contractions. C’était la dernière chance de faire rester bébé dans mon ventre un peu plus longtemps. Tout s’est arrêté. J’étais à la fois soulagée et bouleversée, car je devais rester hospitalisée jusqu’à l’accouchement.

Le lendemain soir, les contractions reprennent de plus belle. On augmente mon soluté à un point tel que je suis tout enflée, mais ça fonctionne : le travail s’arrête à nouveau.

Le lendemain matin, le médecin entre dans ma chambre, l’air grave : « Écoute, on ne peut pas te garder. On manque de chambres pour les mamans qui viennent d’accoucher. Je suis obligé de te laisser retourner chez toi, mais c’est à contrecœur que je le fais. Je te le dis : tu es une bombe à retardement. Tu reviens directement à l’hôpital si tes contractions reprennent ».

Il avait l’air si embêté par la situation que j’ai caché ma jubilation à l’idée de retourner à la maison, dormir dans mon lit et manger de la nourriture appétissante.

Trois semaines se sont écoulées. Je ne pouvais pas être plus au repos que ça! Le seul fait d’être debout, même immobile, me donnait des contractions.

À 35 semaines, grande M. n’en pouvait plus et voulait sortir de là, coûte que coûte! Quand les contractions ont commencé, à nouveau avec un flot de sang, nous savions que cette fois-là était la bonne.

L’accouchement a été rapide, mais stressant. Je voyais le personnel qui s’agitait autour de moi, j’avais peur. À 35 semaines, certains bébés sont prêts à naître, mais d’autres pas… Dans quel état allait-elle être?

Sitôt née, ils sont partis avec elle. Je me souviens avoir vu mon reflet dans la fenêtre, seule sur le lit de naissance, le ventre vide et mou, sans bébé dans mes bras. Où était-elle? Pourquoi ne me l’avaient-ils pas donnée?

Quand l’infirmière me l’a rapportée, tout emmitouflée dans une couverture, je l’ai prise comme une poupée. J’étais un peu hébétée, je ne savais pas quoi faire. On m’a conduite à ma chambre. J’ai supposé qu’elle allait bien puisqu’ils me l’avaient ramenée.

Une fois rendue dans ma chambre, une autre infirmière est venue me voir. Elle m’a dit : « Comment s’est passée la mise au sein? » Quoi? J’étais censée l’avoir mise au sein?

J’ai alors réalisé que je ne savais pas comment faire, que je ne m’étais même pas demandé si je voulais allaiter ou non. Je m’étais tellement concentrée sur mon objectif de mener ma grossesse à terme que j’avais complètement mis de côté tout ce qui concernait les soins à donner au bébé et l’allaitement.

L’infirmière m’a aidée à la mettre au sein. Et là, à ce moment précis, ma petite poupoune, ma fille, toute petite, née à 35 semaines, malgré son faible tonus musculaire, a tété et je suis tombée en amour avec elle. Elle était là, pour vrai, à moi, et je me suis littéralement transformée en maman tigre.

Ha! je n’étais peut-être pas capable d’avoir une belle grossesse, ni de la mener à terme, mais j’allais être capable de la nourrir! Et personne au monde n’allait m’en empêcher.

Au cours du séjour à l’hôpital, ma toute petite mini-puce a perdu beaucoup de poids. Elle se fatiguait très vite et dormait tout le temps. Les infirmières me proposaient constamment de la supplémenter, de me tirer du lait, de lui donner de la préparation. « Son poids, madame! Il faut qu’elle en prenne au plus vite! »

À chaque allaitement, une ou même deux infirmières venaient m’observer pour être sûres que j’allaitais correctement. Elles n’hésitaient pas à me prendre carrément le sein pour lui mettre de force dans la bouche.

J’ai refusé avec véhémence toute préparation commerciale pour la supplémenter. Je ne sais pas quel instinct m’a guidée à ce moment, moi qui ne connaissais rien à l’allaitement, ni aux bébés, d’ailleurs, mais c’était plus fort que moi. 

J’essayais tant bien que mal de me tirer du colostrum, mais je n’y arrivais pas vraiment. Une infirmière est arrivée, m’a pris le sein et a réussi à faire sortir le précieux liquide. J’étais stupéfaite : comment avait-elle fait? « Oh, moi madame, je pourrais faire sortir du lait d’un navet tellement je suis habituée », me répondit-elle avec désinvolture. Confuse et fatiguée, je me suis demandé si elle venait vraiment de comparer mes seins à des navets… 

Grande M., qui se faisait alors appeler Mini-puce par les infirmières, ne pesait pas 5 livres. Pas question pour nous de sortir de l’hôpital tant qu’elle n’atteindrait pas ce poids magique. J’étais épuisée, désespérée de retourner chez moi, prisonnière d’un excès de surveillance de mon allaitement et excédée de devoir toujours refuser qu’on la supplémente.

Le troisième jour suivant la naissance de ma petite cocotte, un pédiatre extraordinaire s’est présenté. Après avoir examiné mon bébé, il m’a annoncé : « Madame, vous n’arriverez jamais à allaiter ici. Vous devez retourner chez vous, dans vos affaires, confortable. Je vous garantis qu’elle commencera à prendre du poids quand vous serez détendue. » Si nous avions été dans un film américain, je pense qu’à ce moment, une musique grandiose aurait joué et que le pédiatre aurait été auréolé de lumière. J’étais LIBRE!

Non seulement j’étais libre, mais il me faisait CONFIANCE. À moi, la petite maman d’à peine 20 ans, qui n’avais pu mener sa grossesse à terme, qui ne savais pas allaiter!

Et vous savez quoi? Il avait raison. Aussitôt revenue à la maison, j’ai allaité. Sans arrêt. Jour et nuit, aux heures bien souvent. Et Mini-puce a grossi. Sa courbe de croissance était verticale! Grâce à MON lait! J’étais si fière!

Aujourd’hui, alors que j’allaite avec bonheur mon 4e enfant, je me rappelle toutes les émotions que m’a fait vivre ma découverte de l’allaitement avec grande M. 

D’abord, j’ai appris que j’étais capable de nourrir mon enfant, de la faire grandir et grossir uniquement grâce à ce précieux liquide que je fabriquais juste pour elle.

J’ai découvert que j’étais capable de la protéger et de la défendre. Ma confiance en moi s’en est trouvée augmentée de façon exponentielle!

J’ai fait la paix avec ma grossesse difficile, en partie grâce à la réussite de mon allaitement. On en parle peu, mais les femmes qui ont un bébé prématuré ou qui vivent une grossesse à risque ressentent parfois un grand sentiment d’échec. Quand on leur dit en plus qu’elles ne peuvent pas ou ne devraient pas allaiter, alors qu’elles le souhaitent, on leur fait vivre un échec supplémentaire qui est souvent difficile à surmonter.

Surtout, ma relation d’allaitement avec grande M. m’a fait tomber en amour avec elle de façon instantanée. Cette première tétée a été si précieuse et importante pour nous, pour elle et moi! 

Aujourd’hui, je savoure les doux moments que m’apporte l’allaitement avec ma petite É. Ces moments précieux ne nous appartiennent qu’à nous et j’ai bien l’intention d’en profiter encore longtemps.