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mardi 26 avril 2016

École à la maison : fin de parcours

Plus que deux mois et l’année scolaire sera terminée pour les écoliers du Québec.

Pour grande M. et moi, ce sera la fin d’une expérience à la fois extraordinaire et enrichissante, mais aussi très exigeante : l’école à la maison.

Au bout du compte, elle aura fait sa 3e, 4e, 5e et 6e année à la maison. Nous avons rencontré des familles formidables qui ont fait le même choix éducatif que nous, nous nous sommes faits des amis pour la vie, avons appris tout plein de choses, fait de magnifiques sorties et activités qui n’auraient pas été possibles si elle avait été à l’école.

D’un point de vue académique, je ne sais pas si j’ai vraiment pu faire mieux que ce que l’école aurait fait si elle y était restée. Ses troubles d’apprentissages sont toujours là, bien entendu, et ne disparaîtront jamais. Mais je pense sincèrement que l’enseignement en un à un, sans les distractions présentes dans un contexte scolaire ni la pression de performance qui vient automatiquement avec les constantes évaluations, lui a permis d’apprendre plus calmement. Chose certaine, son rythme a été respecté et j’ai pu adapter les méthodes d’enseignement à sa façon propre de comprendre et d’apprendre.

D’un point de vue social, je suis absolument certaine que l’école à la maison lui a été bénéfique. Elle était plutôt rejetée, quand elle allait à l’école, et ça l’a beaucoup marquée. Dans le groupe d’école maison, elle a rencontré des amis qui l’ont acceptée sans jugement. Elle n’était pas identifiée comme « la pas bonne à l’école, celle qui dérange en classe et qui est différente ». Pour les enfants qui ne vont pas à l’école, ces qualificatifs n’ont pas de sens, de toute façon. Elle pouvait devenir amie avec des enfants, garçons ou filles, qui avaient des intérêts communs avec elle, peu importe leur âge ou leur niveau scolaire. D’ailleurs, les enfants scolarisés à la maison ne se demandent jamais « tu es en quelle année? », ça n’a pas de sens pour eux. Plus vieux et plus jeunes jouent ensemble selon leurs atomes crochus, et je n’ai jamais vu d’enfant rejeté dans le groupe d’école à la maison.

Cette expérience de socialisation positive, où grande M. a été acceptée pour ce qu’elle était, a eu un impact majeur sur sa confiance en elle. Elle s’est ensuite facilement intégrée aux scouts, puis au camp d’été où elle a séjourné deux semaines l’été dernier, et elle dégage confiance, humour et ouverture aux autres. Elle sait maintenant qu’elle peut se faire des amis et quelle valeur elle a en tant que personne.

Je crois aussi qu’elle est plutôt fière d’avoir un parcours différent des autres. À cette étape-ci de sa vie, où l’adolescence pointe le bout de son nez et que chaque jeune veut se distinguer des autres, être unique et attirer l’attention, on peut dire que de ne pas avoir été à l’école est une bonne façon pour elle de se démarquer! L’autre jour, nous étions au parc avec un groupe de familles qui font l’école à la maison. Ce parc se trouvant près d’une école secondaire, les élèves de l’école s’y sont rejoints pour passer le temps sur l’heure du diner. Parmi ceux-ci se trouvait une amie de grande M., qui va aux scouts avec elle, entourée de sa « gang ». Lorsqu’elles se sont vues, grande M. et son amie se sont jetées dans les bras l’une de l’autre et les jeunes filles de la gang se sont mises à poser mille et une questions à grande M. « À quelle école tu vas? Qu’est-ce que tu fais au parc? Tu es avec qui? » Grande M. leur a expliqué qu’elle faisait l’école à la maison et qu’elle était au parc avec sa mère et des amis du groupe d’école maison. Après les exclamations typiques (« Tu ne vas pas à l’école? Mais c’est qui ton prof? Comment tu passes tes examens? »), se sont suivis des commentaires, typiques eux aussi : « Tu ne vas pas à l’école!!! Wow, tu es tellement chanceuse!!! » Grande M. rayonnait de fierté et s’amusait ferme à répondre à toutes ces questions!

Que de temps a passé depuis que j’ai retiré de l’école une petite poupoune de 2e année, déprimée, rejetée et dont l’estime d’elle-même était au 10e sous-sol! Je me retrouve aujourd’hui avec une grande fille de 12 ans, presque 13, confiante, sûre d’elle, pleine d’humour et de joie de vivre, qui est consciente de ses difficultés et de ses limites, mais qui les accepte.

L’an prochain, c’est le secondaire qui l’attend. Elle a passé des examens de français et de maths en janvier, afin de la classer pour son retour à l’école. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je sais bien sûr ce qu’elle est capable de faire et où elle est rendue, académiquement, mais comme je n’avais aucune idée du format des examens et du type de questions posées, je ne savais pas ce que ça donnerait.

Finalement, elle a eu de bons résultats en français (60 % en rédaction de texte et 62 % et 64 % en compréhension de textes). Pour une dyslexique-dysorthographique, qui de surcroît n’avait pas pu être préparée aux examens parce que je ne savais pas ce qu’il y a aurait dedans, c’est très bien! En maths, par contre, c’est une autre histoire : elle s’est solidement plantée. Je m’y attendais. Les maths sont sa bête noire, particulièrement depuis la 5e année, où la matière s’est grandement complexifiée et est beaucoup plus abstraite qu’avant.

Je m’attendais à ce qu’ils la classent en formation adaptée, en raison de ses troubles d’apprentissage et du fait que ce soit un retour à l’école pour elle après quatre ans à la maison. Les intervenants scolaires l’ont plutôt classée au régulier, avec soutien en maths. Je ne sais pas trop quoi penser de ce classement. Une partie de moi est contente et fière, puisque ça lui permettra de choisir l’option Arts plastiques, qui est vraiment une grande passion pour elle. De l’autre côté, je sais que ce sera un énorme défi et je crois que la formation adaptée aurait peut-être été préférable pour elle. Or, comme ses résultats en français sont satisfaisants, elle n’aura pas accès à ce programme.

J’ai décidé de ne pas m’en faire avec ça. Si elle se plante l’an prochain, ils réviseront probablement son classement. Et si, encore une fois, elle me surprend et s’en tire bien, alors tant mieux! De son côté, grande M. n’est pas du tout inquiète ni anxieuse par rapport à son entrée au secondaire et je suis toujours pleine d’admiration face à sa confiance en elle et en l’avenir. Moi qui suis anxieuse de nature, je l’envie tellement de ne pas avoir peur! Je vais m’inspirer d’elle et simplement me dire qu’advienne que pourra. En fait, sa seule inquiétude pour l’an prochain, c’est de voir si les filles qui se moquaient d’elle quand elle allait à l’école allaient encore être sur son dos… Ce rejet l’a vraiment beaucoup marquée, malheureusement.  J’essaie de la rassurer en lui disant que les gens changent, et que ça fait déjà quatre ans depuis cette époque. Il y a de bonnes chances que tout ça soit du passé. De toute façon, aujourd’hui, elle saurait bien répliquer et se défendre…


D’ici la fin de l’année scolaire, nous devrons aller présenter un portfolio à la direction d’école et peut-être grande M. devra-t-elle faire des examens de fin d’année, ça reste à confirmer. Nous faisons donc essentiellement de la révision, surtout en maths, et nous avons aussi beaucoup de sorties et d’activités prévues avec le groupe d’école maison. Et on va profiter du temps qu’il nous reste ensemble, grande M. et moi, pour finir en beauté cette magnifique aventure d’école maison!

lundi 14 mars 2016

Peur de vieillir

En fin de semaine, nous sommes allés à l’urgence avec petite É. Elle a fait une mauvaise chute et avait de grandes douleurs au cou. Finalement, les radiographies n’ont révélé aucune atteinte à la colonne vertébrale et elle s’en tire avec un solide torticolis. On a eu toute une frousse, c’est fragile un cou, mais ce n’est rien de grave, heureusement!

L’urgence était très achalandée et plusieurs patients étaient couchés sur des civières, dans le couloir, faute de chambres.

Tandis que nous attendions que petite É. passe ses radiographies, j’ai aperçu un homme qui semblait très âgé, semi-couché dans sa civière. Il n’avait presque plus de cheveux, sa peau était si pâle et mince qu’on pouvait clairement distinguer ses veines à travers. Il était mal installé dans son lit, sa couverture avait glissé et laissait voir ses jambes toutes maigres et son caleçon blanc. Il était seul, sans accompagnateur.

Je le voyais se tortiller de plus en plus sur son lit. Lorsque la radiologiste est passée près de lui, il a tenté d’attirer son attention : « C’est parce qu’il faudrait que j’aille aux toilettes… » La radiologiste, l’air ennuyée, lui répondit : « Vous ne pouvez pas y aller, vous attendez pour vos radios. »

Docile, le vieil homme s’est recouché, l’air mal à l’aise et inconfortable. Lorsque la radiologiste est passée à nouveau devant lui, il lui dit à nouveau : « Faut que j’aille aux toilettes… » Elle lui répondit, d’un ton impatient, sans même le regarder : « Je vais voir ce que je peux faire ». Le monsieur m’a regardée, l’air dépité. Nous savions tous les deux qu’elle ne ferait probablement rien du tout.

Le monsieur se tortillait de plus en plus. Au bout d’un moment, n’y tenant plus, il a essayé de se lever de son lit. Je lui ai alors dit de rester assis, que j’irais trouver quelqu’un pour l’aider, moi. J’ai vu un membre du personnel, je ne sais pas de quelle profession, entrer dans un bureau au fond du corridor. Je m’y suis dirigée.

Moi : « Excusez-moi, madame, mais il y a un monsieur très âgé qui a besoin d’aller aux toilettes, il demande depuis longtemps et personne n’est venu l’aider. Là, il essaie de se lever pour y aller… »

Intervenante, en soupirant : « Ah ben non, il ne peut pas se lever! »

Elle s’est dirigée vers lui : « Vous ne pouvez pas vous retenir, monsieur? Vous n’avez pas de couche? »

Monsieur : « Non, pas de couche. Non, là, je ne peux plus me retenir ben ben… »

Elle a quitté et quelques instants plus tard, une préposée aux bénéficiaires est enfin arrivée avec un contenant pour recueillir l’urine.

Préposée, parlant très fort : « Vous êtes monsieur qui, vous? »

Monsieur : « Monsieur X. »

Préposée : « Vous venez d’où? »

Monsieur : « De Saint-Hilaire »

Préposée, riant : « Hahaha, ben non, pas votre ville, votre département d'hôpital! Vous venez des urgences? De la gériatrie? Bon, vous allez faire pipi là-dedans ».

Monsieur : « C’est parce que j’ai une autre envie… »

Préposée, l’air découragée : « Ah ouin… ben là va falloir que j’aille voir dans votre dossier, je ne sais pas si je peux vous lever. »

Elle quitte, et revient plus tard accompagnée d’une autre préposée.

Préposée 1 : « Je ne trouve pas son dossier, je ne sais pas si on peut le lever. On apporte une bassine? »

Moi, qui assistais à la scène, j’étais mortifiée de penser que ce pauvre monsieur devrait faire caca dans une bassine, dans un couloir passant, sous les néons, sans aucune intimité.

Préposée 2 : « Attends, je vais retourner voir les dossiers ».

Pendant ce temps, l’autre préposée est restée près du monsieur, silencieuse. Elle ne lui a pas parlé, ne s’est pas intéressée à lui, ne lui a posé aucune question.

Préposée 1, de retour, toujours en parlant vraiment très fort : « C’est beau, on peut le lever! Venez-vous en, monsieur, on s’en va à la toilette! »

Les préposées se mirent à deux pour aider le vieil homme à se diriger vers la salle de bain. Il marchait à tout petits pas, sur ses petites jambes frêles. J’ai pensé qu’il allait être mieux bientôt. Avoir mal au ventre pendant plus d’une demi-heure sans pouvoir soulager son intestin, ça doit être terriblement inconfortable…

Je n’ai pas revu le monsieur, puisque peu de temps après, petite É. a terminé ses examens en radio et nous avons été emmenés dans une autre salle. Mais j’y ai beaucoup repensé.

Ce monsieur X, de Saint-Hilaire, avait toute une vie derrière lui. Peut-être avait-il eu une entreprise, ou un commerce, ou qu’il avait été employé quelque part. Peut-être aimait-il les arts, ou le sport. Il avait peut-être une épouse, ou peut-être en a-t-il eu plusieurs au cours de sa vie, qui sait? Des enfants, des petits-enfants, peut-être même des arrière-petits-enfants? Peut-être pas. C’était peut-être un homme solitaire. Ou un vieux garçon. Ou pas. Il a sans doute accompli plein de choses intéressantes dans sa vie. Il a peut-être déjà été reconnu pour des qualités ou des accomplissements particuliers. Peut-être pas non plus.

En fait, monsieur X, de Saint-Hilaire, est vieux. Sa vie, son passé, les événements qui ont fait de lui l’homme qu’il est n’ont pas beaucoup d’importance, quand il est seul à l’urgence. Sans doute les intervenants n’ont-ils pas le temps de s’intéresser à lui, ils sont très occupés après tout. Ou peut-être ne sont-ils pas très intéressés, tout simplement.

Ce soir-là, Monsieur X de Saint-Hilaire n’était qu’un vieil homme mal pris parce qu’il avait envie de caca.

Nous sommes bien peu de chose. Surtout quand on est vieux.


J’ai vraiment peur de vieillir…

vendredi 5 février 2016

Les animateurs scouts ne sont pas de sales pervers


Disons-le d’emblée : je suis rarement en accord avec les opinions de Richard Martineau. Cette fois-ci ne fait pas exception. La plupart des pédos sont des chefs scouts, vraiment? Y a-t-il vraiment lieu de se demander, chaque fois qu’on voit un homme animer aux scouts, s’il est un pépère pervers?

La chronique de Monsieur Martineau faisait référence, bien entendu, à l’arrestation de treize hommes (dont deux étaient animateurs scouts)dans le cadre de l’opération Malaise, qui ciblait un club social de présumés pédophiles. Oui, oui, un club social d’hommes qui se rencontraient pour se donner des trucs sur la meilleure façon d’approcher des enfants, s’échanger des images de pornographie junévile, et je ne sais quoi d’autre encore que je n’ose même pas imaginer.

C’est dégueulasse.

Un aller simple vers une île déserte, svp!

Je siège sur le C.A. du groupe scout de ma ville. Mon mari est animateur scout. Plusieurs de mes amis le sont aussi. Deux de mes enfants sont scouts et les deux autres le seront sans doute dès qu’ils en auront l’âge. Autant dire que le mouvement scout, je l’ai dans le cœur et je l’ai à cœur!

Malgré tout, à l’annonce de cette nouvelle dégoûtante, ce n’est pas ma solidarité et mon amour du scoutisme qui est ressorti le premier. C’est mon cœur de maman, mon désir de protéger mes enfants envers et contre tous. Une boule d’inquiétude est apparue dans mon ventre, dans ma gorge. J’avais l’impression d’être trahie, de ne plus pouvoir faire confiance à personne.

Ce jour-là, lorsque les informations concernant cette vague d’arrestations sont sorties, je n’avais qu’une envie : prendre mes enfants tout contre moi et partir vivre sur une île déserte. Loin des menaces, loin de la folie des hommes, loin des dangers.

Mais qui sont les animateurs scouts?

Une fois la poussière un peu retombée, je me suis à peu près remise de mes émotions. J’ai pensé à tous les animateurs scouts que je connais, que j’aime et que j’apprécie. Je me suis rappelée pourquoi ils animaient.

Plusieurs ont été scouts eux-mêmes, alors qu’ils étaient enfants. Mon mari fait partie de ces enfants qui ont pu grandir, s’épanouir et se développer grâce au scoutisme. Leur sentiment d’appartenance au mouvement est extrêmement puissant en raison de toutes les expériences formidables qu’il leur a fait vivre. Passionnés, scouts jusqu’au plus profond de leur âme, ils veulent maintenant transmettre aux enfants les valeurs qu’ils ont apprises. Ils ont tant reçu du scoutisme qu’ils se font un point d’honneur de donner au suivant.

D’autres sont devenus animateurs quand leurs enfants sont entrés dans les scouts. Bien souvent, c’était une façon parfaite de faire une activité avec leur progéniture et de partager des expériences extraordinaires avec eux. La plupart se sont laissé prendre par la passion du scoutisme et n’ont jamais cessé d’animer ou de s’impliquer au sein du mouvement, même une fois leurs enfants rendus grands!

D’autres n’ont pas d’enfants, et n’ont pas été scouts lorsqu’ils étaient enfants non plus. Ils sont là parce qu’ils ont le bien-être des jeunes à cœur, leur instinct maternel ou paternel est souvent très fort, et ils veulent contribuer à l’épanouissement des enfants qui leur sont confiés à titre d’animateur. Parce que ça se peut, vous savez, aimer les enfants, purement et simplement.

Comment fait-on pour devenir animateur?

Depuis le démantèlement du club social de présumés pédophiles, j’en ai entendu des vertes et des pas mûres à propos des scouts. Certains croient que n’importe qui peut devenir animateur n’importe comment. Qu’on entre dans le mouvement scout aussi facilement que dans un moulin.

Mais bien sûr que non! Je serais la première à retirer mes enfants du groupe scout si les procédures de recrutement n’étaient pas assez strictes, croyez-moi. L’Association des scouts du Canada a un protocole officiel très rigoureux pour quiconque veut devenir animateur.

D’abord, sachez que les antécédents judiciaires de tous les candidats sont vérifiés par les corps policiers. Ensuite, ils doivent passer une entrevue avec des membres gestionnaires ou des animateurs chevronnés, et donner des références qui seront scrupuleusement vérifiées.

Ensuite, ils sont soumis à une période de probation. Une fois mis en contact avec les jeunes, et ceci est valable pour tous les animateurs sans exception, ils doivent respecter un Code de conduite à la lettre. De plus, notre groupe a comme règle d’or qu’un jeune ne doit jamais être seul avec un animateur, en aucune circonstance. Cette règle vise à la fois à protéger les enfants et les animateurs qui, malheureusement, pourraient aussi être accusés à tort d’attouchements sexuels.

Les animateurs se doivent d’être toujours au-dessus de tout soupçon, c’est primordial.

Pourrait-on faire plus pour protéger les enfants?

Bouleversée par les événements, et probablement portée par ma formation en travail social, j’ai tenté d’en savoir plus sur les agresseurs sexuels. J’ai donc contacté une intervenante sociale oeuvrant auprès de victimes d’agressions sexuelles pour lui poser des questions.

En tant que groupe scout, malgré toutes les procédures, règles et codes de conduite que nous mettons en application, que peut-on faire de plus pour nous assurer qu’aucun pédophile ne réussisse à s’infiltrer chez nous? Y a-t-il des traits communs, des indices, des choses qui pourraient nous mettre la puce à l’oreille pour les détecter?

La réponse de l’intervenante fut très claire : non. Les pédophiles sont des êtres extrêmement manipulateurs, charmeurs et qui tentent par tous les moyens d’atteindre leur but. Ils sont subtils, prennent leur temps pour n’éveiller aucun soupçon et sont même généralement très appréciés des jeunes autour d’eux.

Ils viennent de tous horizons, sont beaux ou laids, jeunes ou vieux, pères ou célibataires. Les mesures de sécurité que nous avons mis en place sont déjà très strictes et nous pouvons difficilement faire plus, sauf rester vigilants et appliquer la politique de tolérance zéro envers tout manquement au code d’éthique.

L’intervenante m’a aussi rappelé que personne, ni les jeunes, ni les parents, ni les groupes scouts ne devait se sentir coupable de la situation. Les seuls coupables, ce sont ces hommes qui ont mal agi, et personne d’autre. Elle a bien raison.

Il ne suffit que d’une pomme pourrie…

Au cours des derniers jours, je suis passée par toute la gamme des émotions. J’ai été dégoûtée, scandalisée, effrayée, inquiète. Méfiante, en colère. Puis, déterminée à défendre le mouvement scout et à être solidaire envers tous les animateurs qui voyaient désormais leur passion transformée en déviance dans l’œil public.

Ces hommes, accusés d’actes dégoûtants, ont terni l’image du scoutisme. Ça me fâche et m’attriste à la fois.

Mais ce qui me blesse le plus, c’est de penser à mon mari et mes amis animateurs scouts qui, parce qu’ils sont des hommes, sont désormais regardés par certains avec méfiance. Des hommes qui aiment être avec des enfants? Voilà qui, tout à coup, semble bien louche…

C’est d’une tristesse infinie. Il n’aura suffi que de quelques individus déviants pour qu’on oublie que 99,9 % des animateurs scouts se dévouent, cœurs et âmes, pour le bien-être des jeunes. C’est profondément injuste.

Je les connais, moi, les animateurs. Je sais ce qui les anime, Daniel, Alexandre, Francis, Jean-Philippe, Marc-André, Sébastien, Samuel, Simon, François et tous les autres. Ce n’est pas une attirance scabreuse envers les enfants. C’est un amour pur du scoutisme, une passion pour les valeurs que voulait transmettre Baden-Powell et un plaisir honnête et sans aucune arrière-pensée d’être avec des enfants.

Non, les animateurs scouts ne sont pas de sales pervers. De sales pervers se sont infiltrés parmi les animateurs scouts. Toute la nuance est là.



lundi 18 janvier 2016

C’est aujourd’hui que ça commence! Pas demain!

J’ai relu mon dernier billet, dans lequel je vous faisais part de mon stress et de mon inquiétude par rapport aux évaluations que ma fille passera à l’école de quartier à la fin janvier. J’ai vu, encore une fois, mon manque de confiance en moi, mon désir de satisfaire parfaitement les exigences des institutions scolaires et mon éternelle angoisse.

J’avais pourtant décidé que les mots qui me guideraient en 2016 seraient confiance, audace et liberté. Et voilà que nous ne sommes qu’en janvier, et que le doute et la peur se sont déjà emparés de moi!

Ça ne se passera pas comme ça, je vais me parler dans le blanc des yeux et me secouer les pensées négatives. Regardez-moi bien aller!

« Chère Julie l’Anxieuse,

Il n’a fallu que l’appel du directeur d’école pour que l’anxiété et l’angoisse reviennent au galop. Toi qui voulais pourtant que ton année 2016 soit autrement, qui voulais être plus confiante et chasser la peur qui t’habite trop souvent depuis trop longtemps.

Tu as pourtant tout ce qu’il faut pour être confiante, audacieuse et libre. Tu l’es depuis toujours, mais tu ne t’en rends pas compte.

Tu as fait confiance si souvent. Tu as même eu confiance en toi, tout plein de fois! Tu as fait confiance à la vie quand elle t’a guidée vers Alexandre. Tu as eu confiance que la vie serait plus forte que la peine et la mort quand tu as fait deux fausses couches. Tu as eu raison, puisque malgré ces deux petits bébéanges, tu as eu quatre magnifiques enfants. Tu as confiance en tes enfants. Tu sais bien qu’ils ont tout ce qu’il faut pour être heureux et avoir de belles vies. Tu sais que ta grande M., qui a des défis particuliers, fera son chemin. À sa façon bien à elle, bien sûr, mais elle te surprendra comme toujours.

Tu es audacieuse. Tu te décris toi-même comme une anxieuse qui a du « guts ». Il en fallait, du « guts », pour sortir du moule aussi souvent que tu l’as fait. Quand Alexandre et toi avez décidé d’avoir des enfants jeunes, alors que tu étais encore aux études et que vous n’aviez presque pas de sous, tu n’as pas eu peur. Tu as suivi tes valeurs, même si la norme sociale prétend qu’il est préférable d’attendre d’avoir fini ses études, trouvé un travail stable, acheté une maison, et le tout, dans l’ordre. Toi, tu te foutais bien de cet ordre supposé. Certains t’ont dit, devant toi ou dans ton dos, que c’était fou, que ça n’avait pas d’allure, d’avoir des enfants alors que vous étiez jeunes et étudiants. Tu as eu l’audace de faire à ta tête. Et jamais, jamais, jamais tu n’as regretté d’avoir pris cette décision. Tu as eu l’audace de changer de carrière quand tu as vu que celle pour laquelle tu avais étudié si longtemps ne te convenait pas. Tu as eu l’audace de retirer tes enfants de l’école quand tu as constaté que le système scolaire ne permettait pas à ta fille de s’y épanouir. Alexandre et toi avez eu l’audace de démarrer une entreprise pour vous créer de l’emploi quand vous n’en aviez plus, alors que vous n’aviez pas un sou et que vous veniez tout juste d’apprendre que vous attendiez votre quatrième enfant. C’était complètement débile, mais aujourd’hui, l’entreprise roule bien et votre audace commence à vous rapporter.

Tu es libre. Tu es un esprit libre. Les conventions et les normes sociales ne t’intéressent pas tellement, tu préfères faire à ta tête. Choisir de faire l’école à la maison, c’était retrouver ta liberté éducative et libérer ta fille d’un système scolaire qui la rendait dépressive et malheureuse. Tu as une facilité à t’exprimer et cette aptitude t’a permis de faire valoir tes droits, tes décisions et tes convictions chaque fois qu’il l’a fallu. Tu as tenu tête et défendu ta liberté devant des instances scolaires qui ont tenté de t’intimider et de te faire croire que tu n’étais pas assez compétente pour t’occuper de ton enfant.

Tu vois, Julie, que tu es capable? Que tu es assez bonne? Tu as décidé que ton année 2016 serait placée sous le signe de la confiance, de l’audace et de la liberté. Alors soit! Et c’est aujourd’hui que ça commence, pas demain!

N’aie plus peur, tout va bien aller,


Julie la Confiante, Audacieuse et Libre »

mardi 5 janvier 2016

Confiance, audace et liberté

2016 est arrivée! Comment entrevoyez-vous cette nouvelle année qui débute?

Pour ma part, je la vois avec beaucoup d’optimisme. Je me sens prête à aller de l’avant, à relever de nouveaux défis, à voir grandir et changer mes enfants, à m’investir encore plus dans l’entreprise d’Alexandre.

Même si les deux semaines de vacances de Noël sont toujours un peu épuisantes pour ma famille, je me sens remplie d’énergie. Peut-être parce que je fais de l’activité physique presque tous les jours et que je prends enfin du temps pour moi. Peut-être parce que le téléphone n’arrête pas de sonner pour le travail, que des nouveaux clients veulent des soumissions, de nouvelles alliances avec des entrepreneurs sont en voie de se conclure, et que ça roule, la business! Peut-être aussi parce que mes enfants grandissent en beauté, en équilibre autant physique que psychologique, et que j’en suis très fière.

Bref, je me sens bien, je me sens forte, et j’envisage la nouvelle année avec joie!

Tous les ans, au mois de janvier, je souhaite santé, bonheur et amour à mes proches. Cette année, ce ne sont pas ces mots qui m’inspirent. Bien entendu que la santé, le bonheur et l’amour sont importants! Mais pour faire changement, pour 2016, je vous souhaite (et me souhaite aussi!) confiance, audace et liberté.

Confiance

Confiance que la vie vous apportera de bonnes choses. Confiance que tout ira bien, même si parfois c’est difficile de voir la lumière au bout du tunnel. Confiance en vous, aussi, parce que c’est la base de tout. Confiance que vous avez tout ce qu’il faut pour être heureux et réussir. Confiance que vous méritez d’être aimé et respecté.

Audace

Cette année, osez. Osez voir plus grand, voir plus loin. Osez être qui vous êtes vraiment. Osez croire en vos rêves et faire ce que vous devez faire pour les réaliser. Osez aussi vous lever, vous tenir debout face à l’adversité. Osez penser en dehors de la boîte, sortir des sentiers battus, affronter les idées reçues. Osez bousculer la routine. Osez cesser d’avoir peur du jugement des autres. Osez cesser d’avoir peur, tout court.

Liberté

Soyez libres d’être qui vous êtes. Soyez libres d’avoir des opinions, de les exprimer (respectueusement, bien sûr!). Libérez-vous de ce moule unique dans lequel la société aimerait tant vous faire entrer. Libérez-vous de ce qui vous rend malheureux ou stressé. Soyez libres de bâtir votre vie telle que vous la voulez, selon vos valeurs et vos intérêts.

Et surtout, surtout, prenez un petit moment chaque jour pour apprécier. Appréciez d’être vivant et d’être ici, maintenant. Prenez le temps de savourer votre chance d’être né dans un pays où il est possible d’avoir confiance en l’avenir, d’oser rêver et d’être audacieux, car cette liberté n’est pas donnée à tout le monde.


Je vous embrasse et je vous souhaite une magnifique année 2016!

jeudi 19 novembre 2015

Dys, dys, dys...

Prologue

Beurk! Je suis dégoûtée de la race humaine, depuis quelque temps, et je ne souhaiterais qu’une chose : partir, m’en aller avec ma petite famille sur une île déserte, loin de la folie et de la violence des Hommes.

On dirait qu’avec tous ces drames, Paris, le terrorisme, et toutes les horreurs qui se déroulent chaque jour dans beaucoup trop d’autres pays du monde, je suis un peu gênée de venir parler de mon petit quotidien et de mes petites misères si vaines ici.

Malgré tout, la Terre continue de tourner et il faut bien vivre… Et surtout apprécier, savourer chaque instant où nous sommes aimés, sains et saufs, où nous avons mangé à notre faim, où nous n’avons pas craint pour notre sécurité, où nous avons pu boire de l’eau potable, dormir bien au chaud dans un lit confortable. Bref, vivre décemment, tout simplement.

Et un dys de plus pour ma grande!

Je pensais, maintenant que je n’enseigne plus qu’à ma grande M. cette année, que les choses seraient plus faciles. Que d’enseigner à un enfant plutôt qu’à deux serait une vraie partie de plaisir. Que de pouvoir me concentrer sur elle uniquement irait bien mieux.

J’avais tout faux.

Faire l’école à la maison à un enfant qui a de multiples et importants troubles d’apprentissage est un défi constant. À son déficit d’attention, sa dyspraxie, sa dyslexie et sa dysorthographie s’ajoute maintenant une hypothèse (à peu près sûre) de dyscalculie. En matière de dys, elle a gagné le gros lot!

C’est donc dire que tous ses apprentissages, autant en français qu’en maths, sont laborieux. Grande M. apprend, progresse, sans contredit. Mais lentement. Si lentement.

Chaque jour, je répète inlassablement avec elle des leçons que nous avons déjà vues mille fois. Quand je vois un blocage, je dois répéter, réexpliquer autrement, trouver une autre approche, une autre méthode, dans l’espoir que la notion en question s’enregistre dans son cerveau.

Parfois, bingo! Elle a compris! Et le lendemain, ou quelques jours plus tard, quand je fais une révision avec elle, ses connaissances semblent évaporées. Son cerveau enregistre les informations de façon désordonnée dans sa tête. Souvent, les connaissances sont là, bien classées dans un tiroir dans son coco, mais où? Dans quel tiroir? Comment le retrouver pour avoir accès à ces savoirs que nous avons vus et revus si souvent?

C’est un grand, très grand défi. Pour elle, bien sûr. Mais pour moi aussi. Car un des plaisirs d’enseigner à ses enfants, c’est de voir l’étincelle dans leurs yeux, quand ils ont compris la matière. C’est de voir leurs progrès, et de ressentir la fierté de les avoir accompagnés dans leur développement et leurs apprentissages. C’est extrêmement valorisant et ça donne la motivation de continuer. J’avais ça, avec grand A.
Cette année, maintenant que grand A. est retourné à l’école, j’ai beaucoup moins de ces moments magiques où on constate que notre enfant progresse bien. Parce qu’avec grande M., ces moments sont rares et je ne peux jamais les tenir pour acquis.

Ce n’est pas sa faute, je ne lui en veux pas du tout! Je sais bien que son cerveau est fait comme ça et qu’elle n’y peut rien. Je veux l’aider, l’accompagner, la voir grandir et s’épanouir. Je suis là pour elle et pas question que je la laisse tomber. Mais c’est dur.

Pas d’école privée l’an prochain, finalement…

Grande M. n’a pas été acceptée à l’école secondaire privée où nous espérions l’envoyer. Même pas dans le programme avec soutien, dans lequel elle aurait pu faire ses secondaires 1 et 2 sur trois ans dans un groupe réduit. Elle a passé son test de classement en français, ce qui est réjouissant, mais a solidement échoué en maths. L’école privée juge qu’elle aurait besoin de beaucoup plus d’aide que ce qu’ils peuvent offrir.

Nous devons donc nous tourner vers l’école secondaire publique, peut-être vers un programme de cheminement particulier ou la formation préparatoire au travail. Je ne sais pas. Elle sera évaluée à deux reprises par l’école de quartier, en cours d’année, pour voir où elle sera le mieux l’an prochain, au secondaire.

Je suis inquiète. Je me sens poche. J’aurais voulu pouvoir l’aider davantage.

J’ai décidé de la faire suivre par une orthopédagogue au privé, une fois par semaine, pour travailler spécifiquement les maths. Ce suivi s’ajoute à tous ses autres rendez-vous : pédiatrie, endocrinologie, kinésiologie, orthophonie, alouette!

Savez-vous ce qui est beau, dans tout ça? C’est que ma grande M., elle, va très bien. Elle n’est pas découragée. Elle n’est pas vraiment consciente de tout ça. Elle est heureuse, joyeuse, pas du tout anxieuse, et toujours confiante pour son avenir. 

Des fois (souvent), je me demande si j’ai pris la bonne décision lorsque j’ai décidé de la scolariser à la maison. C’est vrai, je n’ai pas réussi à la faire progresser académiquement autant que je le souhaitais au départ, mais au moins, j’ai réussi à préserver son estime d’elle, sa joie de vivre et son enthousiasme.  Compte tenu de son état psychologique lorsque je l’ai retirée de l’école, je suis loin d’être certaine qu’elle serait aussi pétillante aujourd’hui si elle y était restée.

Je ne sais pas ce que l’avenir lui réserve. Je ne sais même pas à quelle école ni dans quel programme elle ira l’an prochain. Mais je ne dois pas baisser les bras. Je ne laisserai pas les dys enrayer ma confiance en ma fille!


lundi 5 octobre 2015

L’eau propre est sale

Ces temps-ci, le traitement des eaux usées de la ville de Montréal occupe une grande place dans l’actualité, et avec raison : plus de 8 milliards de litres d’eau sale seront rejetés dans le fleuve Saint-Laurent, sans avoir subi de traitement d’épuration!

C’est non seulement inconcevable et inacceptable, mais c’est franchement dégueulasse. D’ailleurs, une pétition a été lancée afin de bloquer ce puant projet.

Toutefois, saviez-vous que, malgré les traitements d’épuration des eaux, l’eau qui retourne au fleuve n’est pas vraiment propre?

C’est ce que j’ai appris grâce à une question que m’ont lancée tout bonnement mes enfants.

J’ai toujours été un peu grano et très sensible à la question environnementale. Depuis plusieurs années, j’utilise presque exclusivement des produits nettoyants ménagers et de soins personnels écologiques. Je « triche » parfois, mais j’essaie vraiment de trouver les produits les moins nocifs possible pour la santé et l’environnement.

Ça allait de soi, pour moi, de ne pas exposer ma famille au cocktail de produits chimiques qu’on retrouve pourtant dans l’allée des nettoyants ou des soins personnels du magasin. Puis, un de mes enfants m’a posé une bonne question : « Maman, à quoi ça sert d’utiliser des produits écologiques puisque de toute façon, l’usine nettoiera l’eau avant de la retourner dans la rivière? »

Humm, c’est bien vrai! J’ai été capable de leur expliquer l’importance d’utiliser des produits sains et sécuritaires pour la santé, mais je ne savais pas trop quoi leur répondre pour l’aspect écologique.

J’ai donc écrit à Équiterre pour leur poser la question.  Ils m’ont répondu super rapidement en me référant à l’organisme Eau Secours, qui a publié cet intéressant document sur la gestion des eaux usées.

Je vous conseille fortement de le lire, mais si vous n’en avez pas le temps, voici un très bref résumé : les usines de traitement des eaux usées ne sont pas capables de nettoyer parfaitement les eaux. En fait, elles retirent les « gros morceaux », comme les matières fécales, papier de toilette et autres machins, comme le sable et les cailloux. Mais les particules chimiques des détergents, savons, médicaments et autres ne sont pas traitées et retournent directement dans la nature. Les eaux usées, une fois traitées, ne contiennent donc plus de caca, c’est vrai, mais constituent encore une soupe chimique très néfaste pour la faune et la flore aquatique, ainsi que pour la santé humaine, il va sans dire.

Utiliser des produits ménagers et de soins personnels écologiques et biodégradables est donc vraiment utile, autant pour la santé que pour l’environnement.

Bien sûr, vous me direz que les entreprises et industries pollueraient encore, même si tous les citoyens utilisaient des produits non toxiques. Vous avez raison. Mais est-ce une raison pour ne rien faire?

Et si tous les citoyens et entreprises de travaux ménagers changeaient leurs produits polluants par des alternatives plus écologiques? Et si chacun d’entre nous faisait sa petite part et qu’au bout du compte, tous ensemble, on parvenait à réduire la quantité de produits chimiques qui se retrouve dans nos écosystèmes aquatiques?

Appelez-moi une pelleteuse de nuages, une hippie, une grano ou une utopiste, si vous voulez. Mais moi, je pense que nous avons tous notre petite part à faire pour laisser à nos enfants une planète en meilleur état que lorsque nous y avons vu le jour et que tous les petits gestes peuvent faire une différence!


samedi 22 août 2015

Ma belle vaisselle

Alexandre et moi nous sommes mariés, en 2003, en plein milieu du mois de janvier. Notre thématique était « blanc et argent », comme la neige et la glace, comme le scintillement de la lumière du soleil lors d’une belle journée d’hiver.

Je ne savais pas trop quoi demander comme cadeau de mariage. Nous étions déjà en appartement depuis plus de deux ans et il me semblait avoir tout ce dont nous avions besoin.

Puis, en allant dans un grand magasin, Alexandre et moi nous sommes arrêtés dans le rayon de la porcelaine. Juste par curiosité. Et nous sommes tombés en amour avec un ensemble de vaisselle, blanc avec deux fines lignes d’argent, qui nous ressemblait totalement. Nous avons donc décidé de demander cette magnifique vaisselle en guise de cadeau de mariage.

C’était cher, c’était beau, c’était chic. Mais je me disais que ce serait parfait pour dresser une belle table, lors des grandes occasions. Je me disais aussi que cette vaisselle me rappellerait la magnifique journée de mon mariage, blanche et argentée, chaque fois que je l’utiliserais.

Les années ont passé. Ma belle vaisselle n’a été utilisée que quelques fois. Les grandes occasions ne me semblaient jamais assez exceptionnelles pour sortir ma belle vaisselle. Comme si j’étais gênée, comme si aucun moment, aucun souper entre amis ou avec la famille, aucun événement n’étaient assez grandioses pour la sortir. L’utiliser au quotidien? Je n’y ai même pas pensé! Trop belle, trop précieuse pour moi, ma belle vaisselle!

Au fil du temps, j’ai acquis de la vaisselle pour nos besoins quotidiens de famille nombreuse. De la vaisselle simple, pas chère, solide pour ne pas être cassée trop facilement par les enfants. De la vaisselle que je me suis fait donner aussi, pas très belle, mais gratuite, et qu’il ne me ferait aucune peine d’abimer ou de briser. De la vaisselle ordinaire, quoi.

Pendant ce temps, ma belle vaisselle était bien rangée dans le haut d’une armoire, inutile, accumulant la poussière. J’y pensais quelques fois, lorsque par hasard je la voyais en allant chercher un plat dans la même armoire. Je me demandais bien quoi en faire. À quoi ça me sert, avoir de la vaisselle que je n’utilise pas? Peut-être devais-je la vendre? Elle a une certaine valeur et un petit surplus d’argent ne nous ferait pas de tort.

Finalement, je ne me suis jamais résignée à m’en débarrasser et elle est restée bien sagement rangée, très loin au fond d’une armoire.

Un soir, ma belle-sœur et mon beau-frère sont venus souper à la maison. Ma belle-sœur me parlait de sa passion pour la décoration intérieure, pour le beau, pour la création aussi. Elle me disait qu’elle se donnait le droit, maintenant, d’assumer sa passion pleinement, après s’être oubliée pendant trop longtemps. Elle se donnait le droit de se faire plaisir à elle un petit peu chaque jour.

Ça m’a fait beaucoup réfléchir. Comme je l’envie et l’admire, ma belle-sœur, d’avoir fait tout ce travail sur elle et de se donner le droit de penser à elle!  J’ai toujours cru qu’il serait égoïste de ma part de me faire plaisir, de me donner priorité. J’ai été un peu conditionnée à faire passer les autres avant moi. À être humble, modeste, à ne pas être trop fière de mes réussites. À apprécier le côté pratique et efficace des choses plutôt que le côté beau ou agréable.

Ça m’a fait penser à ma belle vaisselle, que je n’ose pas utiliser, même si je la trouve belle. Trop belle pour juste mon "petit moi de rien". C’est de la vaisselle de reine, je ne la mérite pas!

Moi : « Je trouve formidable que tu t’accordes tous ces petits plaisirs, que tu reconnaisses ton besoin d’être entourée de beau et ton talent pour la déco. Moi, les objets ne m’inspirent rien, me laissent indifférente. Sauf peut-être ma belle vaisselle, que je n’utilise pas… »

Ma belle-sœur : « Pourquoi ne pas la sortir et l’utiliser? Pourquoi ne te permets-tu pas d’avoir de la belle vaisselle, qui te fera penser à ton mariage chaque fois que tu t’en serviras? »

Moi : « Il me semble qu’elle est trop belle pour tous les jours… J’ai le droit de m’en servir? Pour tous les jours? »

Ma belle-sœur : « Mais oui! Elle est à toi! Accorde-toi le droit et le plaisir de manger chaque fois dans de la vaisselle qui te rend heureuse quand tu la vois! Tu as le droit! »

J’ai le droit. J’ai le droit de me faire plaisir, même si ce plaisir est aussi simple et banal que d’utiliser de la vaisselle que j’aime plutôt que ma vaisselle ordinaire et sans intérêt.

Je ne suis pas égoïste de penser à moi. J’ai le droit de me donner priorité, des fois. Des fois souvent, même. C’est très difficile pour moi. Je ne sais même plus ce que j’aime vraiment, moi. Ce qui me définit, qui je suis. Je ne sais plus. Je suis la mère de mes enfants, la femme de mon mari. Moi, juste moi, je ne sais plus trop qui je suis ni ce que j’aime.

Ce soir-là, après le départ de ma belle-sœur, j’ai sorti ma belle vaisselle du fond l’armoire. Je l’ai regardée, enlevé un peu de poussière. Je l’ai trouvée belle. Je me suis rappelé le bonheur que j’ai eu à la magasiner, puis à la recevoir lors de mon mariage blanc et argent.

J’ai sorti de mon armoire la vaisselle que je n’aime pas. Je l’ai rangée là où se trouvait ma belle vaisselle un instant plus tôt.

Puis, j’ai placé ma belle vaisselle à la place de ma vaisselle laide du quotidien, après l’avoir nettoyée. Je me suis surprise à sourire en la regardant. Ça fera une fichue de belle table, de la vaisselle de reine! Même si c’est juste pour manger un sandwich, ça vaut la peine!

Depuis ce jour, à chaque repas, je mange dans ma précieuse vaisselle. J’ai le droit, parce que je suis précieuse, moi aussi. :-)



vendredi 3 juillet 2015

Des petites réserves de bonheur

Au cours des derniers mois, certains membres de notre entourage ont vécu des périodes de vie très difficiles. D’abord, au cours de l’hiver, la maman de mon beau-frère a été portée disparue plusieurs semaines avant d’être retrouvée, inerte, dans sa voiture. Dépressive, elle s’était enlevé la vie. Une autre personne près de nous a reçu un diagnostic de dépression et a été mise en arrêt de travail pour prendre le temps de se guérir.

Mes enfants ont été mis au courant de ces événements, bien entendu. Ils entendaient les adultes autour d’eux en parler, puis nous en reparlions un peu entre nous par la suite. Ils n’avaient pourtant pas posé beaucoup de questions sur le sujet, jusqu’à ce que j’aie une conversation avec grand A. sur… le bonheur.

Un après-midi, alors que nous étions en voiture tous les deux, grand A. s’est mis à me parler avec enthousiasme de son début d’été.

Grand A., rayonnant : « Ah, maman, c’est le plus bel été de ma vie! Je fais plein de choses super le fun, je vois des amis tout le temps, grande M. est partie au camp deux semaines et j’ai la paix! C’est TROP COOL! »

Moi, amusée : « Wow, je suis contente que tu sois aussi content! »

Grand A., toujours sur son nuage : « En plus, quand on a fêté ma fête, c’était TROP COOL! C’est la plus belle fête de ma vie! Hey, j’ai dormi deux nuits dans la tente avec des amis différents deux nuits de suite! Et puis mon ami Louis m’a donné un super fusil Nerf TROP COOL! »

Moi : « Haha! C’est vrai que vous avez eu l’air de bien vous amuser! Vous avez rigolé jusqu’à tard! »

Grand A, un grand sourire aux lèvres : « Et puis bientôt, ce sera ma semaine de camp scout, ça va être TROP COOL! Je suis trop content, maman! »

Moi, heureuse : « Je suis tellement heureuse d’entendre ça! Tu sais quoi, mon grand? Tu devrais fermer les yeux et prendre le temps de bien ressentir la joie que tu ressens présentement. Comme pour te faire une petite réserve de bonheur dans ton cœur. »

Grand A., songeur : « Oui, comme ça, quand je suis triste, je pourrais repenser à combien je suis content présentement, et ça me rendrait content à nouveau. »

Moi : « Oui! Des fois, on se sent tellement triste qu’on oublie que ça se peut, d’être heureux. Moi, j’aimerais ça que tu ne l’oublies jamais, que le bonheur existe. »

Grand A. : « Est-ce que c’est ça qui est arrivé à la maman de mon oncle? Et à (la personne proche de nous), qui est en dépression? Elles ne savaient plus que ça se pouvait, d’être heureux? »

Moi : « Oui, c’est un peu ça. C’est à cause d’une maladie qui s’appelle la dépression. Les gens qui font une dépression se sentent toujours tristes et très fatigués. Ils ne font pas exprès, c’est comme si leur cerveau était déréglé et n’était plus capable de se sentir heureux. »

Grand A. : « Est-ce que ça se guérit? Parce que (la personne proche de nous), elle, elle va guérir, hein? »

Moi : « Oh oui, ça se guérit! (La personne proche de nous) fait tout ce qu’il faut pour aller mieux. Elle voit un docteur pour le corps, elle voit un docteur pour le cœur, elle se repose, elle prend soin d’elle. Mais ça prend du temps, guérir d’une dépression, il faut être patient. Le plus dur, je crois, ça doit être de ne même plus croire que le bonheur est possible tellement on est triste. C’est pour ça, tantôt, que je t’ai dit de faire des petites réserves de bonheur dans ton cœur. »

Grand A. : « En tout cas, moi, je vais me faire plein de réserves de bonheur. Et cet été, ça va être facile, parce que c’est TROP COOL! »

Après cet intermède de conversation plus sérieuse, il est resté un peu songeur, puis s’est remis à me placoter avec enthousiasme de toutes les belles choses qu’il avait prévues pour l’été.

Je n’ai aucune idée si ça fonctionne vraiment, en cas de dépression, de repenser à nos « petites réserves de bonheur ». Mais je me suis dit que ça ne ferait pas de tort de lui rappeler de s’arrêter, parfois, pour savourer sa vie, ses joies, les plaisirs qu’il vit.

Je me souviens que lors de mon mariage il y a 12 ans, quelqu’un m’a dit : « La journée va être chargée et va passer très vite. Prends le temps de faire des pauses et de prendre des photos mentales de ce que tu vois et de ce que tu vis, parce que sinon, tu ne te souviendras plus très bien de ta belle journée ».

Franchement, c’est un des meilleurs conseils qu’on m’ait donné. Je l’ai suivi, ce conseil, et à ce jour, quand je repense à mon mariage, j’ai des images précises et des sentiments imprimés dans ma mémoire et dans mon cœur. Effectivement, cette journée a été un magnifique tourbillon et si je n’avais pas pris le temps de m’arrêter plusieurs fois pour simplement savourer l’instant, je crois que j’en aurais moins profité.

Mon fils, à 10 ans, mord dans la vie à pleines dents. Il est si éveillé, enthousiaste, rieur! J’espère qu’il suivra mon conseil et se fera des petites réserves de bonheur qui, peut-être, l’aideront à traverser les moments plus difficiles. Parce qu’inévitablement, il en vivra lui aussi, des peines, des tristesses, de la colère.

En attendant, je le regarde aller avec son énergie communicative et son sourire contagieux, et je prends une petite minute pour le contempler. Aujourd’hui, c’est mon fils et sa joie de vivre que je prends en photo dans mon cœur!


vendredi 5 juin 2015

J’ai vaincu ma phobie de prendre l’avion!

Planer, voler… je connais ça !

Mon père est un passionné d’aviation. Il est pilote de planeur depuis que je suis toute petite. J’ai donc passé une grande partie de mes étés d’enfance à l’aéroport de planeur, où mon père et ses amis pilotes avaient installé un petit camping pour pouvoir voler du matin au soir sans avoir à retourner à la maison la nuit venue.

Toute la journée, je voyais des avions décoller et atterrir à répétition. Je connaissais toutes les lettres d’appel (Alpha Bravo Charlie Delta, et compagnie! Mon père nous les faisait apprendre par cœur sous forme de jeux, à ma sœur et moi).  Quand j’ai été assez grande, j’ai eu la permission de tenir le bout de l’aile du planeur sur la piste et de faire signe au pilote de l’avion-remorqueur que le pilote-planeur était prêt pour le décollage. J’adorais ça!

J’aimais aussi aller chercher les planeurs au bout de la piste après leur atterrissage. J’embarquais dans la voiture ou le tracteur qui allait les chercher pour les remorquer.

Dès que j’ai eu l’âge et le poids réglementaire, j’ai fait des tours de planeur. Le plus souvent avec mon père, mais parfois aussi avec un de ses amis. Faire du planeur est vraiment une expérience exceptionnelle. Il n’y a que le bruit du vent sur les ailes, on plane tout en douceur, parfois accompagnés d’oiseaux qui profitent des mêmes thermiques que nous pour prendre de l’altitude. L’habitacle entièrement vitré nous permet de voir partout autour de nous et les paysages sont magnifiques. Pas de bruit de moteur, pas de vibrations. Juste le souffle du vent et le ciel à perte de vue…

Il y a quelques années, mon père a commencé à piloter des avions à moteur et a fait l’acquisition d’un Cessna avec quelques amis pilotes. Bien entendu, je suis montée à bord! J’ai bien aimé faire un tour d’avion avec mon père, mais je préfère le planeur. Je suis plus nerveuse en Cessna, avec tout le bruit et les vibrations du moteur.

J’ai donc côtoyé le monde de l’aviation depuis que je suis toute petite. Je n’ai pas le vertige et n’ai pas peur d’être dans les airs.

Et pourtant…

Depuis toujours, j’ai une peur bleue de prendre un avion commercial. Ça peut sembler absurde, étant donné mes expériences en planeur et en Cessna, mais je n’y peux rien. C’est une réelle phobie, une peur totalement irrationnelle.

Quand je suis en planeur ou en Cessna avec mon papa, je n’ai pas peur. Je ne me sens pas prisonnière et je sais que si j’en ai assez, je n’ai qu’à le lui dire et que nous pouvons retourner à l’aéroport rapidement. Et il va sans dire que quand c’est mon papa qui pilote, je me sens en totale confiance!

Or, pour l’anxieuse que je suis, me retrouver entourée d’étrangers dans un avion duquel je suis prisonnière pour plusieurs heures est un réel cauchemar. L’idée de remettre ma vie entre les mains de pilotes inconnus était également terrifiante, dans mon esprit.

Pour l’anxieuse que je suis, n’avoir aucun contrôle sur la situation et aucune façon de fuir ou de m’échapper si jamais il arrivait quelque chose m’est insupportable.  Et chaque accident d’avion, crash ou attentat terroriste me confortait dans ma peur et me donnait une raison de plus de penser que je faisais drôlement bien d’éviter les avions commerciaux à tout prix.

La mission de mon père

Ça fait plusieurs années que mon père s’est donné comme mission de me faire perdre cette phobie de prendre l’avion. Jusqu’à cette année, j’étais toujours soit enceinte, soit allaitante, ce qui me donnait d’excellentes excuses pour refuser son invitation.

À Noël, cette année, il est revenu à la charge et m’a offert, comme cadeau… un tour d’avion en sa compagnie pour aller à Toronto. Pourquoi Toronto? Parce que ce n’est qu’un vol d’une heure, dans un avion commercial d’environ 70 passagers, ce qui est juste parfait pour le baptême de l’air d’une phobique. Pas question de m’emmener en Europe pour un premier voyage, ça non, le vol est beaucoup trop long!

Malheureusement pour moi, je ne pouvais plus justifier mon refus d’affronter ma peur à l’aide de mes enfants. Je ne suis pas enceinte et ne le serai plus jamais, et ma petite É., à presque deux ans, peut très bien se passer de moi quelques jours.

Afin d’éviter d’avoir à affronter ma phobie, j’ai d’abord utilisé la tactique du silence, c’est-à-dire que je n’ai plus du tout abordé le sujet avec mon père. Plus les semaines passaient, plus je me disais avec un espoir grandissant qu’il avait peut-être oublié le cadeau qu’il m’avait offert… Jusqu’à ce qu’il m’en reparle au début de mois de mai. Zut, je n’allais peut-être pas m’en tirer, finalement!

Nous avons fixé la date du 31 mai pour un aller-retour à Toronto dans la même journée. Il m’a fait parvenir la confirmation d’achat des billets par courriel pour que je puisse constater que c’était pour vrai de vrai, officiellement confirmé.

Une excuse par jour éloigne l’avion pour toujours?

À partir de ce moment-là, je me suis mis en tête de trouver toutes les excuses inimaginables pour ne pas avoir à prendre l’avion. Je savais bien que mes raisons étaient farfelues, mais je me suis dit que si j’étais assez achalante, mon père finirait par se tanner et ne pas avoir envie de passer toute une journée avec une enquiquineuse.

Chaque jour ou presque, pendant trois semaines, j’ai écrit un texto à mon père avec une excuse pour annuler notre voyage à Toronto. J’ai essayé toutes sortes de stratégies.

J’ai tenté la stratégie du problème médical, en lui faisant croire que j’étais allergique au revêtement des bancs d’avion, ce à quoi il m’a répondu que le matériel utilisé était hypoallergénique.

J’ai essayé la stratégie féminine en lui disant que j’allais avoir mes règles ce jour-là et que c’était fortement déconseillé de prendre l’avion dans ces conditions, ce à quoi il m’a répliqué que le changement de pression pendant le vol était excellent pour soulager les troubles menstruels.

J’ai tenté la stratégie de la superstition en lui disant que j’étais persuadée qu’un avion ayant du blanc me porterait malchance. Le transporteur qu’il a choisi a des avions turquoise…

J’ai essayé le chantage, en lui disant que je ne l’aimais plus, que je le dirais à ma mère et que je boudais. Il est resté inflexible.

J’ai tenté la stratégie du déni, en faisant semblant de ne pas me rappeler que nous avions rendez-vous le 31 mai, mais lui s’en rappelait très bien.

J’ai même essayé la stratégie amoureuse! Alors qu’Alexandre avait laissé son compte de courriels ouvert sur l’ordinateur, un soir, j’en ai profité pour écrire un courriel en son nom à mon père pour lui dire qu’il refusait que j’aille en avion avec lui le 31, puisqu’il est si amoureux de la femme fabuleuse que je suis qu’il ne pouvait se passer de ma délicieuse présence ne serait-ce que pour une journée. Mon père a simplement répondu : « Bien essayé, Julie! » J’ai été démasquée…

Finalement, je me suis bien amusée à essayer de trouver toutes ces excuses ridicules et je savais bien que mes stratégies, bien que très créatives, étaient vouées à l’échec. Néanmoins, pendant que je m’amusais à essayer d’exaspérer mon père (ce qui s’est avéré un autre échec, puisque j’ai surtout réussi à l’amuser!), je ne pensais plus trop à ce qui m’attendait le 31 mai.

Le Jour P, pour Panique, Peur, Pas-envie-d’y-aller!

Puis, arriva le 30 mai. La veille de la date fatidique. Ce soir-là, impossible de trouver le sommeil. J’avais trop peur au lendemain. J’ai réussi à m’endormir aux petites heures du matin seulement.

31 mai, 6h du matin.

Je me réveille en sursaut, totalement détrempée de sueur et tremblant de tout mon corps. Dans ma tête paniquée, une cassette joue en boucle : « J’ai peur j’ai peur j’ai peur je ne veux pas y aller je ne serai pas capable je vais paniquer dans l’avion et me mettre à hurler et à vomir partout je ne suis pas capable j’ai peur j’ai peur j’ai peur! »

Toute ma famille dormait encore. Je me suis levée dans ma maison silencieuse et suis allée sur Internet. Ma sœur Martine, qui a un petit garçon très matinal, était déjà connectée sur Facebook et nous avons clavardé un long moment. Elle a pris l’avion très souvent et a répondu à mes questions et m’a rassurée. Parler avec elle m’a un peu apaisée et j’ai ensuite pu aller me préparer à affronter ma grosse journée.

Je n’ai pas réussi à déjeuner. Je me suis contentée de boire un verre de jus, l’estomac noué par la peur et l’appréhension. Je me sentais triste et résignée. J’avais l’impression de m’en aller à l’abattoir. Le cœur gros et l’air boudeur, je suis partie rejoindre mon père chez lui.

Arrivée chez mon papa, j’étais un peu plus calme, mais je me sentais d’humeur boudeuse. Je lui en voulais un peu de me forcer à faire quelque chose dont je n’avais pas du tout envie. Après tout, pourquoi tenait-il tant à ce que je vainque ma peur de l’avion? Prendre l’avion, ce n’est pas vital! On peut très bien avoir une très belle vie sans jamais prendre l’avion, non?

Dans la voiture, alors que mon père nous conduisait à l’aéroport, j’ai encore tenté de le convaincre de ne pas y aller. On était bien dans son auto, non? Pourquoi ne pas aller à Toronto en voiture, alors? Devant ma mine renfrognée, il s’est contenté de me répondre que j’étais belle quand je boudais… Grrr!

« Madame, nous devons vous fouiller… »

Arrivés à l’aéroport, j’ai espéré de tout mon cœur que notre vol soit annulé, ce qui bien sûr ne fut pas le cas. À la sécurité, alors que mon sac et mon manteau passaient dans la petite machine pour être inspectés, une sonnerie a retenti. Un agent s’est approché de moi et m’a expliqué que j’avais été sélectionnée de façon aléatoire pour une fouille. J’avais le choix entre une fouille à nu ou passer dans le scan! OMG! Je me suis retournée vers mon père, lui demandant s’il avait arrangé tout ça et il m’a répondu, à la fois surpris et trouvant ça très drôle, qu’il n’avait rien à voir là-dedans et que ça ne lui était même jamais arrivé d’être fouillé!

J’ai dit à l’agent de sécurité que c’était mon premier vol, que j’étais terrorisée, et que je préférais ne pas embarquer dans l’avion plutôt que d’être fouillée, finalement. L’agent s’est bien moqué de moi et m’a conseillé de choisir le scan plutôt que la fouille à nu, ce qui me semblait une excellente suggestion, en effet. Je suis donc montée dans le scan, qui a détecté quelque chose à la hauteur de mes côtes, du côté gauche. Retour dans le scan, qui détecte à nouveau la même chose. Une agente féminine s’est donc approchée pour me palper, pour finalement me dire que c’étaient les boutons décoratifs de mon chandail qui faisaient sonner le scan.

Finalement, on m’a laissée passer, et voilà que j’étais plus proche que jamais du moment fatidique où je devrais monter en avion…

L’angoisse de l’attente

Comme nous avions encore un peu de temps à tuer, mon père m’a emmenée dans un salon VIP auquel il avait accès. C’était joli et confortable, et des sandwiches, grignotines et choses à boire y étaient offertes. Mon père s’est servi un lunch. Quant à moi, l’estomac toujours noué et le système nerveux à vif, je me suis contentée de grignoter trois petites carottes et un minuscule bout de chou-fleur, et de boire un peu de jus.

Quand finalement nous sommes allés près de la porte d’embarquement, mon père a demandé à la préposée s’il était possible d’avoir de meilleures places dans l’avion. Comme plusieurs places étaient libres, la dame m’a demandé quels sièges nous conviendraient davantage. Je lui ai répondu que les sièges de la salle d’attente me semblaient tout à fait parfaits et que je n’avais aucun inconvénient à y rester assise toute la journée plutôt que de prendre l’avion. Mon père lui a expliqué que nous étions là pour que j’affronte ma phobie et la dame m’a trouvée très drôle. L’agent de sécurité s’était moqué de moi, puis cette dame… J’étais ridicule, il faut croire, mais vaut mieux en rire qu’en pleurer! Sans blague, elle était très sympathique et m’a beaucoup rassurée. Elle m’a aussi proposé de m’installer sur les ailes, bien attachée avec du « duct tape », afin d’avoir la meilleure vue possible, ce qui m’a bien fait rire, mais que j’ai poliment refusé.

Après quelque temps, il fut l’heure de monter à bord de l’avion. Je ne pouvais plus reculer. Je me suis installée près du hublot et j’ai attendu, attendu, attendu… Je n’avais qu’une idée en tête : que l’avion décolle enfin, pour qu’il atterrisse ensuite au plus vite et que cette expérience soit derrière moi!  Parce qu’une fois rendus à Toronto, je pourrais peut-être réussir à convaincre mon père de revenir en train plutôt qu’en avion…

Prisonnière de l’oiseau de métal

Finalement, l’agente de bord a refermé et verrouillé la porte. Ça y était, j’étais prisonnière, coincée dans ce petit banc, dans un oiseau de métal, à la merci de la compétence des pilotes et de la mécanique de l’appareil. Pas moyen de sortir, pas moyen de fuir.

Je me sentais respirer très vite. Quand les moteurs se sont mis à gronder et les hélices à tourner, j’ai agrippé de mes mains moites et froides les mains chaudes de mon père. Il les a serrées très fort dans les siennes et m’a parlé doucement pour me rassurer.

Je ne me souviens plus trop de ce qui j’ai dit pendant le décollage, mais je me rappelle que je respirais fort, tentant de mon mieux de ne pas paniquer, et que je posais mille et une questions les unes à la suite des autres : « C’est quoi ce bruit? Pourquoi ça fait ça? Est-ce que c’est normal? Pourquoi ça vibre comme ça? Est-ce que tout est correct? Pourquoi ce voyant lumineux s’allume? Est-ce que cette sensation est normale? » Mon père, calme, patient et rassurant, m’expliquait tout au fur et à mesure.

Finalement, une fois rendus dans les nuages, je me suis calmée et j’ai été capable de me concentrer sur autre chose que sur ma peur. Il y a eu quelques turbulences, qui m’ont effrayée un peu, mais j’ai vite compris qu’elles étaient inoffensives quand mon père m’a expliqué ce que c’était. Je craignais d’avoir des étourdissements ou des vertiges en raison de mes séquelles de labyrinthite, mais j’ai été correcte, à mon plus grand soulagement. Je n’ai pas eu mal au cœur non plus.

L’atterrissage s’est bien déroulé et m’a nettement moins effrayée que le décollage. Ça y était, j’étais arrivée saine et sauve à Toronto! J’avais survécu, miracle!

Une belle journée à Toronto!

Mon père et moi avons passé toute la journée à Toronto. Nous avons marché, marché, marché partout à travers la ville pour la visiter. Nous sommes allés manger au Mövenpick, mon estomac s’étant enfin dénoué!

J’avais envie d’aller à l’aquarium Ripley, puisque j’adore les poissons et le monde marin. Je ne suis pas certaine que mon père était aussi enthousiasmé que moi par cette visite, puisqu’il a fait beaucoup de plongée sous-marine et avait vu « en vrai » la plupart de ces poissons dans leur milieu naturel. Mais moi, j’étais fascinée et je m’exclamais comme une enfant devant les requins, les méduses, les hippocampes et toutes ces magnifiques créatures marines. Devant ma fascination, mon père m’a dit qu’il pourrait m’initier à la plongée sous-marine un de ces jours. J’adorerais ça! Je pense que ce sera notre prochain projet ensemble.

Prendre l’avion? Même pas peur!

Notre vol de retour était prévu en soirée. Complètement épuisés de notre journée de marche dans la ville, nous nous sommes rendus à l’avance à l’aéroport, où nous avons pu reposer nos jambes un peu.

Cette fois, je n’étais pas nerveuse du tout. Assise dans un des confortables fauteuils de l’aéroport Billy Bishop, j’ai réalisé que ce n’était plus la première fois que je prenais l’avion. Qu’en fait, ce ne serait plus jamais la première fois! La glace était cassée, ce n’était plus de l’inconnu.

Ma peur était partie. Cette phobie que je trainais depuis si longtemps, à cause de laquelle j’ai toujours pensé que je ne voyagerais jamais, s’était envolée.

Le vol de retour s’est très bien passé. J’ai même mangé une collation dans l’avion, c’est tout dire! Comme lors de mon premier vol, j’ai posé mille et une questions à mon père. Sauf que ce n’étaient plus des questions de panique, c’étaient des questions de curiosité, des questions plus techniques : « Quels sont les rôles des pilotes et copilotes, exactement? Comment se partagent-ils les tâches? Y a-t-il des cartes routières du ciel, est-ce que les pilotes suivent des « routes » déjà tracées? Quelle est la différence entre le travail du contrôle aérien et de la tour de contrôle? Est-ce que tous les pilotes du monde suivent les mêmes formations? » Nous avons parlé tout le long et l’heure de vol m’a semblé passer en un instant.

Une fois atterris à Pierre-Elliott-Trudeau, une joie intense m’a submergée. J’avais réussi! J’avais surmonté ma peur! J’étais tellement fière de moi, tellement contente!

Mon père a demandé à l’agente de bord si nous pouvions rencontrer le commandant. Elle a demandé au pilote, qui a accepté. Une fois tous les passagers sortis de l’avion, nous nous sommes donc rendus dans le cockpit, où j’ai remercié le pilote et le copilote d’avoir contribué à mon baptême de l’air. Au cours de la conversation, le pilote et mon père se sont rendu compte qu’ils avaient des amis pilotes de planeur en commun. Le monde de l’aviation est bien petit!

Victoire! J’ai réussi! K.O., la phobie!

Le 31 mai dernier, j’ai eu toute une journée, remplie d’émotions intenses.

J’ai passé une magnifique journée seule avec mon papa, ce qui ne m’arrive plus très souvent depuis que j’ai des enfants. J’ai vraiment aimé passer du temps avec lui, c’est très précieux pour moi.

Et j’ai vaincu une grande phobie, une peur non rationnelle, inexplicable, mais si puissante que j’étais prête à me passer de voyager toute ma vie plutôt que de l’affronter. Ça fait déjà presque une semaine que j’ai pris l’avion commercial pour la première fois, mais je me sens encore portée par cette fierté d’avoir vaincu cette peur.

Je me sens libre. Je n’ai plus de phobie. Je n’ai plus peur. J’ai l’impression que le monde m’appartient désormais. Je ne suis plus prisonnière de mes pensées anxieuses. Je me sens plus forte.

Je suis fière de moi. Mon père est fier de moi. Ma mère et ma sœur aussi. Mon mari aussi. Mes enfants aussi.

Et je suis fière de ça également : j’ai montré à mes enfants que quelle que soit notre peur, aussi forte et intense puisse-t-elle être, on peut l’affronter et la vaincre.  C’est ça, le modèle que je veux être pour eux : une maman qui fonce, une maman qui n’a pas peur, une maman qui est plus forte que son anxiété et que ses phobies.

Mon père avait raison de me forcer à affronter ma peur. Je pensais être prisonnière en avion, mais lui savait bien que ce dont j’étais prisonnière, c’était de ma peur. Et il m’en a libérée. Avec beaucoup de patience, de calme et de respect. Je suis si heureuse qu’il ait été là pour moi, avec moi. Merci, papa, je t’aime.


Je n’ai jamais pensé que je dirais ce que je vais dire, un jour. Mais aujourd’hui, je peux affirmer ceci : prendre l’avion? Pfff, il n’y a rien là!

vendredi 29 mai 2015

Pas facile d’être constant et cohérent!

Mon petit L., qui aura 4 ans cet été, est intense. Très intense, en fait.

Ce n’est pas nouveau : il a toujours eu beaucoup de caractère. C’était un bébé à bras, qui voulait toujours être touché et porté, qui dormait peu et était facilement irritable.

Oh, ne vous méprenez pas! C’est aussi un petit bonhomme absolument adorable, drôle, taquin et super affectueux! Mais intense.

Ces temps-ci, il fait des crises de colère monstrueuses et hurle à tue-tête pour un oui ou pour un non. Chose certaine, tout le quartier est alerté lorsque monsieur mon fils est contrarié! En plus de crier et de s’opposer farouchement à tout ce qui lui déplait, il crie des gros mots, tape, donne des coups de poing, griffe. Il pousse sa petite sœur, lui arrache les jouets des mains. Quand je le mets en retrait dans sa chambre, il cogne dans la porte avec des objets, renverse son petit meuble de rangement en plastique… Bref, il n’est pas de tout repos!

Je crois sincèrement être une personne assez patiente en général. Mais ces derniers temps, j’ai bien du mal à conserver mon sang-froid devant les crises de colère de mon petit dictateur. Je déteste ce sentiment de rage qui monte en moi en même temps que les décibels de sa voix et qui me font prononcer à voix basse, entre mes dents serrées : « Petit monstre ! ». Je déteste lever le ton, me fâcher contre lui. Je me déteste de lui avoir donné une petite tape sur les doigts pour le saisir quand il était si fâché qu'il me frappait à coups de poing. Je n’aurais pas dû faire ça, je sais.

Il n’est pourtant pas du tout comme ça à la garderie. Il s’oppose un peu, parfois, mais très rarement, et n’y a jamais fait de crises de colère comme celles qu’il fait à la maison. J’en suis bien heureuse, d’ailleurs, ça me rassure beaucoup!

À la maison, toutefois, la situation est intenable. À bout de ressources, j’ai consulté divers sites Internet sur la discipline chez les enfants, question de voir si j’étais passée à côté de quelque chose…

Je n’ai rien trouvé de neuf sous le soleil. Toujours les mêmes conseils, les mêmes explications. Besoin d’attention, recherche de réaction de la part du parent même si son comportement produit une réaction négative de ma part. Besoin de tester les limites, de se savoir aimé malgré son comportement inadéquat. Je sais tout ça, j’avais déjà lu ça mille fois.

Il faut donc que je revienne à la base : lui donner plus d’attention positive et faire preuve de constance et de cohérence dans mes réactions face à ses comportements. Ça semble tout simple, dit comme ça, mais ça ne l’est pas!

D’abord, j’ai toujours eu l’impression que mon petit L. avait un besoin d’attention insatiable. Peu importe le temps et l’attention que je lui accorde, c’est comme si ce n’était jamais suffisant. Il en prendrait toujours plus, plus, plus. Comme si plutôt que de le combler et de satisfaire son besoin, l’attention que je lui donne ne l’incite qu’à en demander davantage. Je ne sais pas trop quoi faire avec ça.

Ensuite, être constant et cohérent dans les interventions est un véritable défi dans une famille nombreuse. C’est déjà difficile d’être toujours sur la même longueur d’onde dans nos façons d’intervenir entre deux parents, si vous rajoutez à ça un grand frère et une grande sœur préado dans le portrait, ça complique encore plus les choses!

Bien entendu, mes deux grands ne sont pas les parents et n’ont pas à intervenir comme tel. Mais ils s’occupent beaucoup de leur petit frère, ma grande M. le garde parfois, et naturellement, comme ils sont les plus vieux, ils ont comme une « autorité naturelle » qui vient avec leur rôle. Forcément, donc, ils interviennent souvent auprès de leur petit frère lorsqu’il a un comportement inadéquat, comme lorsqu’ils le voient bousculer sa petite sœur ou lancer des objets. C’est normal.

En plus, en bons préados qu’ils sont, et en qualité de grand frère ou de grande sœur, ils ont la mèche bien courte en ce qui concerne leur petit frère qui souvent leur tape sur les nerfs. Ces temps-ci, je pense qu’ils l’aiment autant qu’ils le trouvent agaçant!

Ce qui fait donc que moi, Alexandre, grande M. et grand A. intervenons auprès de petit L. Chaque jour, quatre personnes ayant chacune leur façon de faire, leur degré de patience et de fatigue dans le corps, leur personnalité et leur vision des choses réagissent complètement différemment face à ses crises et ses oppositions. Ça fait beaucoup.

Je pense que je vais devoir avoir une discussion avec mes grands, qui sont très impatients face à leur petit frère ces temps-ci et qui montent souvent le ton très vite à la moindre petite chose qu’il fait de travers. Je vais leur rappeler que c’est moi la maman et que s’il y a quelque chose, qu’ils doivent venir me voir pour que j’intervienne. Je vais aussi leur demander de mettre un peu d’eau dans leur vin et leur rappeler qu’il n’a que 3 ans… ce qu’ils semblent oublier bien souvent.

De mon côté, je vais respirer par le nez et essayer de retrouver un peu de zénitude dans cette période intense avec mon fils intense. Je vais aussi faire de très très gros efforts pour être constante dans mes interventions et réactions, parce que je sais bien que je ne le suis pas tout le temps. Je crois qu’il n’y a rien de pire pour un enfant sensible qu’un parent imprévisible…


Je vais continuer de réfléchir à tout ça, mais si vous êtes déjà passés par là avec vos propres enfants et que vous avez des trucs, conseils ou encouragements à me donner, je suis tout ouïe!

vendredi 1 mai 2015

Ça me manquera…

Cet après-midi, nous sommes allés jouer au parc avec toute une gang d’amis qui font l’école à la maison. Nous devions bien être une dizaine de familles qui nous sommes retrouvées pour profiter de cette belle journée de printemps au grand air.

J’ai regardé mes enfants qui jouaient avec tous leurs amis, qui couraient, qui grimpaient, qui s’inventaient des histoires et des mondes, qui riaient, qui profitaient du soleil. J’ai parlé avec mes amies, nous nous sommes échangé des trucs sur l’école à la maison, partagé nos petits bonheurs, nos inquiétudes, nos réflexions.

J’ai aussi été abordée par deux mamans qui ne faisaient pas partie de notre groupe, mais qui étaient au parc avec les enfants qu’elles gardaient, ayant un service de garde à domicile. Comme d’habitude, un groupe d’enfants d’âge scolaire qui jouent au parc pendant les heures de classe attire beaucoup l’attention! Elles m’ont demandé, très poliment, ce que nous faisions là et pourquoi nos enfants n’étaient pas à l’école.

Je leur ai répondu que nos enfants étaient scolarisés à domicile et, bien entendu, les questions se sont mises à fuser. Quand je parle d’école à la maison avec des gens qui ne connaissent pas ça, j’ai toujours deux types de réaction : l’enthousiasme spontané ou la méfiance. J’ai eu droit à chacune de ces réactions avec ces deux mamans. L’une d’entre elles s’est exclamée : « Wow, c’est donc bien cool! » et l’autre, plus réservée, a dit : « Ah oui? Vous avez le droit? »

Ces réactions initiales ont été suivies d’une pléthore de questions qui se sont succédé les unes aux autres : « Mais les examens du Ministère? Avez-vous une formation en enseignement? Mais comment faites-vous pour savoir quoi leur enseigner et comment? La DPJ, dans tout ça, elle dit quoi? Et la CS? » Comme nous étions un gros groupe et que tous les enfants n’étaient visiblement pas en manque de socialisation, je n’ai pas eu droit cette fois aux inévitables questions sur l’isolement et la nécessité de côtoyer d’autres enfants. C’était assez évident que nos enfants étaient parfaitement capables de socialiser!

Une des deux femmes s’est mise à me parler de son enfant qui a des difficultés d’apprentissage, de ses défis, des batailles qu’elle a dû mener pour qu’il obtienne enfin des services à l’école. L’autre avait une amie dont la fille était douée et qui commençait à montrer des signes d’ennui importants à l’école, n’étant pas stimulée intellectuellement à la pleine mesure de ses capacités. Puis, elles se sont mises à parler de devoirs, d’horaires, d’examens, de toutes ces choses normales pour les enfants qui vont à l’école.

Je me suis retournée, j’ai regardé tous ces enfants qui jouaient au soleil dans ce parc en plein après-midi, un jour de semaine, et j’ai pensé à toute cette belle liberté que notre choix éducatif nous donnait.

J’ai pris un moment pour savourer cet instant, parce que ça achève. L’an prochain, grand A. retournera en classe. Avec tous les beaux défis et nouvelles expériences qui l’attendent. Mais aussi avec toutes les contraintes du milieu scolaire…


Notre projet d’école à la maison tire peu à peu à sa fin. Je suis prête à passer à autre chose et mes enfants aussi. Mais bon sang que ces moments de liberté me manqueront…