Qui suis-je?

mardi 26 avril 2016

École à la maison : fin de parcours

Plus que deux mois et l’année scolaire sera terminée pour les écoliers du Québec.

Pour grande M. et moi, ce sera la fin d’une expérience à la fois extraordinaire et enrichissante, mais aussi très exigeante : l’école à la maison.

Au bout du compte, elle aura fait sa 3e, 4e, 5e et 6e année à la maison. Nous avons rencontré des familles formidables qui ont fait le même choix éducatif que nous, nous nous sommes faits des amis pour la vie, avons appris tout plein de choses, fait de magnifiques sorties et activités qui n’auraient pas été possibles si elle avait été à l’école.

D’un point de vue académique, je ne sais pas si j’ai vraiment pu faire mieux que ce que l’école aurait fait si elle y était restée. Ses troubles d’apprentissages sont toujours là, bien entendu, et ne disparaîtront jamais. Mais je pense sincèrement que l’enseignement en un à un, sans les distractions présentes dans un contexte scolaire ni la pression de performance qui vient automatiquement avec les constantes évaluations, lui a permis d’apprendre plus calmement. Chose certaine, son rythme a été respecté et j’ai pu adapter les méthodes d’enseignement à sa façon propre de comprendre et d’apprendre.

D’un point de vue social, je suis absolument certaine que l’école à la maison lui a été bénéfique. Elle était plutôt rejetée, quand elle allait à l’école, et ça l’a beaucoup marquée. Dans le groupe d’école maison, elle a rencontré des amis qui l’ont acceptée sans jugement. Elle n’était pas identifiée comme « la pas bonne à l’école, celle qui dérange en classe et qui est différente ». Pour les enfants qui ne vont pas à l’école, ces qualificatifs n’ont pas de sens, de toute façon. Elle pouvait devenir amie avec des enfants, garçons ou filles, qui avaient des intérêts communs avec elle, peu importe leur âge ou leur niveau scolaire. D’ailleurs, les enfants scolarisés à la maison ne se demandent jamais « tu es en quelle année? », ça n’a pas de sens pour eux. Plus vieux et plus jeunes jouent ensemble selon leurs atomes crochus, et je n’ai jamais vu d’enfant rejeté dans le groupe d’école à la maison.

Cette expérience de socialisation positive, où grande M. a été acceptée pour ce qu’elle était, a eu un impact majeur sur sa confiance en elle. Elle s’est ensuite facilement intégrée aux scouts, puis au camp d’été où elle a séjourné deux semaines l’été dernier, et elle dégage confiance, humour et ouverture aux autres. Elle sait maintenant qu’elle peut se faire des amis et quelle valeur elle a en tant que personne.

Je crois aussi qu’elle est plutôt fière d’avoir un parcours différent des autres. À cette étape-ci de sa vie, où l’adolescence pointe le bout de son nez et que chaque jeune veut se distinguer des autres, être unique et attirer l’attention, on peut dire que de ne pas avoir été à l’école est une bonne façon pour elle de se démarquer! L’autre jour, nous étions au parc avec un groupe de familles qui font l’école à la maison. Ce parc se trouvant près d’une école secondaire, les élèves de l’école s’y sont rejoints pour passer le temps sur l’heure du diner. Parmi ceux-ci se trouvait une amie de grande M., qui va aux scouts avec elle, entourée de sa « gang ». Lorsqu’elles se sont vues, grande M. et son amie se sont jetées dans les bras l’une de l’autre et les jeunes filles de la gang se sont mises à poser mille et une questions à grande M. « À quelle école tu vas? Qu’est-ce que tu fais au parc? Tu es avec qui? » Grande M. leur a expliqué qu’elle faisait l’école à la maison et qu’elle était au parc avec sa mère et des amis du groupe d’école maison. Après les exclamations typiques (« Tu ne vas pas à l’école? Mais c’est qui ton prof? Comment tu passes tes examens? »), se sont suivis des commentaires, typiques eux aussi : « Tu ne vas pas à l’école!!! Wow, tu es tellement chanceuse!!! » Grande M. rayonnait de fierté et s’amusait ferme à répondre à toutes ces questions!

Que de temps a passé depuis que j’ai retiré de l’école une petite poupoune de 2e année, déprimée, rejetée et dont l’estime d’elle-même était au 10e sous-sol! Je me retrouve aujourd’hui avec une grande fille de 12 ans, presque 13, confiante, sûre d’elle, pleine d’humour et de joie de vivre, qui est consciente de ses difficultés et de ses limites, mais qui les accepte.

L’an prochain, c’est le secondaire qui l’attend. Elle a passé des examens de français et de maths en janvier, afin de la classer pour son retour à l’école. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je sais bien sûr ce qu’elle est capable de faire et où elle est rendue, académiquement, mais comme je n’avais aucune idée du format des examens et du type de questions posées, je ne savais pas ce que ça donnerait.

Finalement, elle a eu de bons résultats en français (60 % en rédaction de texte et 62 % et 64 % en compréhension de textes). Pour une dyslexique-dysorthographique, qui de surcroît n’avait pas pu être préparée aux examens parce que je ne savais pas ce qu’il y a aurait dedans, c’est très bien! En maths, par contre, c’est une autre histoire : elle s’est solidement plantée. Je m’y attendais. Les maths sont sa bête noire, particulièrement depuis la 5e année, où la matière s’est grandement complexifiée et est beaucoup plus abstraite qu’avant.

Je m’attendais à ce qu’ils la classent en formation adaptée, en raison de ses troubles d’apprentissage et du fait que ce soit un retour à l’école pour elle après quatre ans à la maison. Les intervenants scolaires l’ont plutôt classée au régulier, avec soutien en maths. Je ne sais pas trop quoi penser de ce classement. Une partie de moi est contente et fière, puisque ça lui permettra de choisir l’option Arts plastiques, qui est vraiment une grande passion pour elle. De l’autre côté, je sais que ce sera un énorme défi et je crois que la formation adaptée aurait peut-être été préférable pour elle. Or, comme ses résultats en français sont satisfaisants, elle n’aura pas accès à ce programme.

J’ai décidé de ne pas m’en faire avec ça. Si elle se plante l’an prochain, ils réviseront probablement son classement. Et si, encore une fois, elle me surprend et s’en tire bien, alors tant mieux! De son côté, grande M. n’est pas du tout inquiète ni anxieuse par rapport à son entrée au secondaire et je suis toujours pleine d’admiration face à sa confiance en elle et en l’avenir. Moi qui suis anxieuse de nature, je l’envie tellement de ne pas avoir peur! Je vais m’inspirer d’elle et simplement me dire qu’advienne que pourra. En fait, sa seule inquiétude pour l’an prochain, c’est de voir si les filles qui se moquaient d’elle quand elle allait à l’école allaient encore être sur son dos… Ce rejet l’a vraiment beaucoup marquée, malheureusement.  J’essaie de la rassurer en lui disant que les gens changent, et que ça fait déjà quatre ans depuis cette époque. Il y a de bonnes chances que tout ça soit du passé. De toute façon, aujourd’hui, elle saurait bien répliquer et se défendre…


D’ici la fin de l’année scolaire, nous devrons aller présenter un portfolio à la direction d’école et peut-être grande M. devra-t-elle faire des examens de fin d’année, ça reste à confirmer. Nous faisons donc essentiellement de la révision, surtout en maths, et nous avons aussi beaucoup de sorties et d’activités prévues avec le groupe d’école maison. Et on va profiter du temps qu’il nous reste ensemble, grande M. et moi, pour finir en beauté cette magnifique aventure d’école maison!

6 commentaires:

  1. Ce fut une belle rencontre dans ma vie que de te connaître. Je trouve que tu as fait une super belle job avec tes enfants! Ils réintègrent avec la confiance qu'ils sont bons, beaux, aimables. C'est bien suffisant pour toute une vie, crois-moi. Ils ne peuvent ainsi que réussir. Bien sûr il y aura des embûches, mais ils sont grâce à toi outillés pour y faire face.
    Bonne continuité et viens nous voir dans vos journées de congé!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah, chère Katherine, merci de tes bons mots! Ce fut un vrai plaisir de te côtoyer dans les activités d'école maison. Tu es si inspirante! Je continuerai de te lire avec assiduité sur ton blogue, et bien sûr que j'irai vous voir lors des journées de congé :-)

      Supprimer
  2. Un gros bravo pour ce choix courageux. Vous deux êtes les grandes gagnantes avec des expériences de vie authentiques et enrichissantes à l'os! Je pense aussi que tu as raison d'avoir confiance en l'avenir, ta grande est définitivement sur le bon chemin!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, ma belle amie! Sans toi, je n'aurais jamais même pensé à faire l'école à la maison. Une toute petite question de ta part ("As-tu pensé à lui faire l'école à la maison?") lors d'une grosse conversation, alors que j'étais complètement découragée et impuissante face aux difficultés de ma fille, et tu avais semé la graine de ce projet qui a changé notre vie. Merci d'être dans ma vie et de me faire grandir, avancer et explorer des voies que je n'aurais pas explorées sans toi!

      Supprimer
  3. Oh! Elle a réussi ses examens de français de sixième année? Elle n'a donc aucun retard dans cette matière malgré une dyslexie diagnostiquée? Wow! C'est super rare. Bien sûr qu'ils ne vont pas la mettre en classe spéciale, il faut deux ans ou plus de retard pour y être classée. Son estime de soi est remontée, elle valorise sa différence d'enfant non-scolarisée et elle est heureuse d'entrer maintenant à l'école. Tu dois être fière et tu as raison de l'être! Et en plus, elle aura accès au programme d'arts plastiques, la totale!!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis très fière de ma grande fille, en effet! J'espère que tout ira bien l'an prochain. Je sais bien que ce sera un grand défi... J'angoisse un peu quand j'y pense, j'essaie donc de ne rien anticiper ;-) Advienne que pourra!

      Supprimer

Laissez-moi un petit commentaire, si le cœur vous en dit! J'adore vous lire!